Au mauvais endroit

Elle aura bientôt fini les vitres. Toutes les vitres. Combien y a-t-il de vitres ? Jamais elle n’a essayé de compter. Un appartement si agréable, si lumineux, dit toujours madame. Et si grand. Et elle, si petite, pour tout nettoyer. Mais elle y parviendra. Quand elle aura terminé les vitres, elle fera les salles de bain. Les trois salles de bain. Elle fera briller les vasques. Polira le marbre des murs. Blanchira les lavabos. Frottera les robinets d’inox. Essuiera les miroirs. Jettera un coup d’œil à son image – un visage qui s’en va vers la trentaine, des cheveux qui s’éteignent, et des yeux qui se fanent comme l’espoir – son image qui se brouille dans tous les miroirs de madame. Mais elle n’aura pas le temps d’y réfléchir. Elle ne doit pas perdre un instant.

Quand elle aura fini les salles de bain, elle fera le salon, secouera les tapis, chassera la poussière, avivera l’acajou, réveillera les dorures, passera l’O’cédar sur le parquet et le chiffon sur tous les recoins des boiseries. Luttera avec la cire pour que les sols étincellent, pour que les meubles tremblent sous le poids des reflets. 

Ce ne sera plus très long. Elle aura bientôt fini les vitres, les salles de bain, le salon, les dorures, les marbres et les parquets… Elle ne doit pas perdre un instant, elle aura terminé bientôt.

A temps.

Pour pouvoir jouer sur le Steinway du salon.

Le Steinway.

Elle se dépêche, ses doigts courent sur les meubles comme ils courront tout à l’heure sur les touches. Une douce musique enveloppe ses ongles tout assouplis de cire. Elle va jouer, elle joue déjà.

Elle a si longtemps et si bien appris, autrefois. Elle a tant travaillé, à Pékin, au conservatoire. Les professeurs croyaient en elle. Elle était une enfant précoce, une jeune fille si douée… Et si elle n’avait pas pris la fuite avant d’avoir fini ses études, si elle n’avait pas décidé de partir, au loin, toute seule, après la condamnation de son père… après le camp… si l’exil n’avait pas été son unique avenir… elle aurait pu, au moins, devenir professeur… Ou même… ou même, oui, pourquoi pas ? soliste. Soliste… elle aurait joué dans le monde entier, on aurait entendu partout ses disques… elle en rêvait, elle jouait sans cesse, et tous croyaient en elle, en ce temps-là… en ce temps d’avant la condamnation… d’avant la fuite. Avant. Quand elle était encore Ju la pianiste, et pas encore Djou la Chinoise.

Il reste à faire les salles de bains, le salon, les dorures, les marbres et les parquets… mais elle ira si vite… elle pourra jouer tout à l’heure. Elle y parvient presque tous les jours, à la fin de l’après-midi. Il faut qu’elle y parvienne.

Car désormais, elle n’a plus rien, que ces ménages chez madame, ce piano chez madame, qui l’attend et lui tend son clavier, chaque après-midi, quand elle a travaillé assez vite.

Elle n’a plus rien, pas de piano à elle… Pas de piano ? Elle ? C’est cela qui est insensé… Même dans le camp, là-bas, elle avait un piano, le vieux piano sous la grange, dont les touches brisées résonnaient dans la nuit comme des soupirs de prisonnier. Pas de piano… pas d’autre piano que celui de madame, elle qui avait toujours autrefois un piano sous les doigts, elle qui croyait, enfant, que ses phalanges étaient d’ivoire, tant elles couraient légères sur les touches d’ivoire du vieux piano de grand-mère Mei qu’on n’avait pas encore confisqué. Pas de piano… Plus de piano… Comment cela a-t-il pu se faire ? Quand elle était arrivée à Paris, sans même une valise, il n’y avait eu d’abord que l’angoisse et la nécessité de se loger. Elle n’avait pas compris tout de suite… Elle avait passé quelques nuits dans la rue, puis elle avait été soulagée de trouver cette chambre minuscule, chez madame Blanchard, ce réduit de bonne au-dessus de l’appartement familial, où elle pouvait passer les nuits, en échange du ménage et de la garde des enfants. Une solution tout à fait provisoire… juste un moment à passer, le temps de trouver mieux, d’apprendre le français. Ensuite, elle y était bien résolue, elle déménagerait, elle louerait un instrument, elle reprendrait le piano. Il était impossible qu’elle ne joue plus. Impossible qu’elle n’aille pas jusqu’au bout de sa vocation.

Ensuite… Ensuite, cela avait duré trois ans… Trois ans qu’elle avait passés chez madame Blanchard presque aussi prisonnière que dans le camp, tant la police l’inquiétait, tant madame Blanchard lui faisait peur avec ses récits affreux de clandestins arrêtés renvoyés en charters. Puis, d’un seul coup, les enfants Blanchard avaient grandi, madame Blanchard les avait inscrits l’un après l’autre à l’école, et l’avait priée de chercher un autre employeur. Elle lui avait tout de même proposé de garder la chambre pour un petit loyer. Au noir, évidemment, une charité qu’elle lui faisait… Déménager… c’était si cher… et très délicat dans sa situation… elle économiserait, elle déménagerait ensuite… mais oui, bien sûr que ce serait possible… plus tard… avec cette volonté qu’elle avait… et cette chance aussi, de disposer pour ses débuts d’un petit havre… Madame Blanchard n’avait eu aucun mal à la convaincre. C’est à ce moment-là qu’elle s’était résolue, malgré sa terreur des rues parisiennes, à passer des annonces pour donner des cours de piano à domicile. Peut-être les annonces n’étaient-elles pas rédigées comme il aurait fallu, car personne n’avait répondu, que cette jeune fille renfrognée qui avait trouvé que Ju était trop chinoise, qu’elle n’expliquait pas clairement, qu’elle ne parlait pas assez bien le français pour expliquer clairement. Et qui lui avait donné congé presque aussitôt.

Alors, pour payer le loyer de madame Blanchard, et sur ses conseils avisés, elle avait pris des ménages. Des heures ici et là, qui l’obligeaient à courir partout dans Paris, toute tremblante. Elle avait bien pensé, évidemment, à se procurer quelque part un clavier, un de ces claviers électroniques bon marché qu’on peut transporter partout… Mais comment aurait-il pu en être question ? Elle gagnait à peine de quoi se nourrir. Et puis, pour un clavier, même très petit, y aurait-il eu assez de place, dans la chambre si exiguë qu’on ne pouvait s’y asseoir que sur le lit étroit ? 

Elle avait eu l’idée aussi de se proposer dans les bars, pour jouer le soir, au moins. On lui avait demandé du jazz, évidemment… Les gens aiment le jazz en fond sonore dans les bars… Mais le jazz, c’était tellement américain… à Pékin, elle n’avait pas appris… elle était une virtuose classique… elle pouvait faire le job, comme ils disaient, elle pouvait tout jouer, tout… mais elle n’était pas à l’aise avec le jazz, et puis elle était si timide, si angoissée, au milieu des fêtards et des noctambules… elle était si tremblante, quand des clients s’approchaient avec un verre de champagne et posaient leurs mains moites sur ses épaules frêles, pour lui souffler à la figure leurs sales propositions dans leur haleine avinée. Les bars, ça n’avait pas marché longtemps. Dans un établissement du quartier Saint-Denis, un soir, on lui avait proposé un poste de masseuse, chez une patronne chinoise et sans papiers elle-même. Une opportunité, sans doute… mais ces massages, c’était si… c’était tellement… qu’elle avait préféré oublier… Elle avait repris les ménages. Au moins les ménages apaisaient l’esprit, aplatissaient les rudes plis de l’âme, effaçaient les souvenirs pénibles comme les taches. Elle avait eu une quantité de petits employeurs, qui tous la faisaient travailler à petit prix – une clandestine, bien sûr, une pauvre fille, une esclave.

Enfin, il y avait eu, un jour, dans une boulangerie, cette annonce de madame. Qui proposait de travailler à la journée, ne précisait pas le salaire… Une annonce qu’elle n’aurait pas dû prendre en compte, une mauvaise annonce… l’annonce scélérate d’une patronne qui ne voulait pas payer. Mais quelque chose l’attirait, elle s’était présentée. Et, en effet, dès qu’elle était entrée chez madame, elle avait su pour le piano. Madame, bien sûr, n’avait pas voulu la faire asseoir et lui avait posé ses conditions dans l’ombre du vestibule. Mais, à travers la porte vitrée du salon, elle l’avait vu, très bien vu : il l’attendait, lui souriait… c’était un grand piano à queue… un Steinway… Elle avait tout accepté, sans discuter, pour être celle que madame emploierait.

Car si elle n’avait pas trouvé enfin ces journées chez madame, elle aurait perdu tout espoir de jouer à nouveau. Et cela, vraiment, c’était impossible.

Evidemment, maintenant, elle ne joue plus aussi bien qu’avant. Elle s’en rend bien compte. Elle joue encore très bien, évidemment, mais plus tout à fait aussi bien. Comment pourrait-elle jouer aussi bien, aussi remarquablement qu’avant, à Pékin, quand elle s’entraînait des heures et le jour et la nuit, alors qu’elle est restée plus de trois années presque sans jouer, et qu’elle ne joue plus maintenant qu’une heure l’après-midi, après ses journées chez madame ? Elle sait parfaitement qu’il est trop tard, que plus jamais elle ne pourra, que les années perdues ne se rattraperont jamais… mais, non, cela ne lui fait plus rien d’y penser. Car au moins il y a cette heure de bonheur chez madame. Cette heure où le temps recommence. Où elle est de nouveau Ju, la pianiste, et non plus Djou la femme de ménage.

Elle a eu de la chance de trouver madame. Madame le lui dit si souvent… Madame est une femme sensible et éclairée qui croit à l’égalité et à la dignité de tous les humains, c’est d’ailleurs pour cela que madame a pris le risque d’employer une « sans-papiers ». Pour pas trop cher, c’est vrai mais elle ne peut pas faire mieux, la vie est si difficile aujourd’hui il faut bien se débrouiller, dit madame qui regrette, car elle est très humaine humaniste humanitariste, et souhaite venir en aide comme elle le peut à la mesure de ses faibles moyens aux pauvres clandestins qui arpentent affamés les trottoirs de Paris. Elle a eu de la chance de trouver madame… c’est si vrai… Madame est affreuse, madame est hypocrite, mais madame est mélomane. Madame écoute de la musique classique et se rend souvent à des concerts avec monsieur. Madame a un piano à queue et se pique d’en jouer joliment. Elle tapote la Lettre à Elise quelquefois le dimanche, et quelques barcarolles ou gondoles à Venise. Madame dit toujours qu’elle s’y remettra, quand elle aura le temps… et le piano qui s’ennuie, le piano dont les cordes se raidissent à force de ne pas être jouées comme il faut, a besoin que deux mains douées viennent le caresser.

Alors elle, Ju qui est toujours Ju la pianiste bien qu’il soit certain désormais qu’elle ne pourra plus être que Djou la clandestine… alors elle qui est Ju dans le fond de son âme, de l’autre côté des miroirs menteurs de madame, elle peut bien, quand elle a fini le travail, profitant de l’absence de madame qui ne rentrera que très tard, jouer sur ce piano qui l’aime et qui l’attend. Madame n’en saura rien, madame n’est jamais dans l’appartement quand elle travaille. Madame travaille elle-même à l’extérieur, pas dans le ménage, évidemment, dans la mode, ou quelque chose de ce genre. Madame est une femme délicieuse et très occupée qui ne passe chez elle que peu de temps. Quant à monsieur… monsieur, elle ne l’a jamais vu, elle ne le connaît que par ses mégots et ses costumes qu’elle met tant de soin à repasser. 

 

Il reste à faire le salon, les dorures, les marbres et les parquets. Elle a presque fini, elle se dépêche… Mais… mais que se passe-t-il ? Voilà qu’elle s’affaire à frotter les meubles, et que dans le couloir on entend cliqueter la serrure. Voilà qu’elle se courbe sur son chiffon de laine pour polir le parquet, et que la porte s’ouvre. Et voilà que madame, qui devrait être à son bureau, dans son vaste élégant bureau rempli d’élégantes secrétaires, voilà que madame s’engouffre dans l’appartement qui reluit comme l’or, dépeignée, irritée.

— Djou, il faut que je vous parle… C’est très grave… Je suis revenue exprès… Je voulais en avoir le coeur net… On m’a dit, Djou, on m’a dit, quelque chose de très très ennuyeux… vous savez que je vous ai demandé d’être discrète, vous travaillez ici sans être déclarée, ne l’oubliez pas, n’oubliez jamais que vous n’avez pas de papiers… Vous savez aussi que je vous ai demandé de ne pas vous servir des objets personnels que nous laissons avec confiance à votre portée dans cet appartement…

Eh bien, on m’a dit… hier soir…  j’ai eu du mal à le croire… mais on m’a assurée – quelqu’un de très bien, je ne vous dirai pas qui, mais c’est une personne en qui l’on peut avoir confiance – On m’a, donc, assurée – c’est incroyable mais je suis obligée de le croire – On m’a, réellement, positivement, affirmé… un voisin qui ne peut se tromper m’a révélé… que vous passiez pendant votre travail de la musique classique ! des CD de ma discothèque personnelle ! des morceaux pour piano…  Mon voisin vous a très bien entendue, ne niez pas, n’essayez pas de me mentir… il prétend même avoir très bien reconnu, par exemple, cette semaine, la sonate La Tempête, dont je possède justement une merveilleuse interprétation par Wilhelm Kempf… Non, inutile de protester, je sais. Je sais que vous écoutez La Tempête sur ma chaîne pendant vos heures de travail… Mon interprétation de La Tempête jouée par Wilhelm Kempf, mon pianiste préféré… oh, vous n’avez pas mauvais goût pour une femme de ménage, je vous concède cela, au moins…

Comprenez bien : je ne vous reproche pas d’aimer la musique… je ne vous reproche pas non plus d’écouter des disques classiques, et si vous le faisiez chez vous, vraiment, je n’y verrais aucun inconvénient. Je pourrais même, à supposer que vous ayez pour les écouter un appareil digne de ce nom, vous prêter certains de mes trésors – si vous me le demandiez, bien sûr, enfin, si vous me l’aviez demandé, car maintenant, il ne peut plus en être question, vous comprenez, vous connaissez mes principes, je ne peux cautionner les abus… enfin, je ne vous reproche pas, que ce soit bien clair, de vous intéresser à Beethoven, d’apprécier le jeu si fin et en même temps si passionné de Kempf dans cette interprétation tout à fait remarquable… historique… et même c’est rendre hommage à nos grands musiciens, qu’une Chinoise comme vous… qu’une étrangère… Mais utiliser ma chaîne stéréo, mes CD… vous introduire ainsi dans ma vie… dans ma vie la plus personnelle, dans ma passion pour la musique… et de plus au risque de révéler par ce bruit incongru, à des heures inaccoutumées, votre présence ici… votre présence clandestine, ne l’oubliez jamais, clandestine… alors que j’ai, vous le savez bien, tant d’ennemis… alors que j’ai dû, je vous l’ai expliqué dès le début, me séparer de la personne qui vous a précédée à la suite d’une horrible dénonciation… Quand je pense que je vous ai interdit d’ouvrir les fenêtres, que je vous ai interdit l’ascenseur, que je vous ai même interdit l’aspirateur… Et que vous m’avez obligée à mentir, à dire à mon voisin que j’étais restée chez moi, malade, depuis plus d’un mois… que c’était moi qui me distrayais en écoutant des disques… rendez-vous compte, Djou… mon Dieu… ce que vous m’avez obligée à dire… j’étais toute rouge… moi qui ai horreur du mensonge et de la malhonnêteté…

Tout cela, non, je ne peux l’admettre. Par principe, je ne peux l’admettre ! Car j’ai des principes, moi, et vous le savez. Et si cela se renouvelait, vous m’entendez, si de nouveau vous utilisiez ma chaîne pour écouter mes disques pendant votre travail, au lieu de vous tenir à votre place, discrète, efficace, modeste, si de nouveau… eh bien, je me verrais obligée de me passer de vos services… il ne manque pas, hélas, de travailleurs étrangers sans papiers dans Paris… et la bonne action que j’ai faite en vous aidant, je pourrais en faire profiter, croyez-moi, quelqu’un de plus reconnaissant, de plus respectueux…

 

Madame parle longtemps ainsi, d’un air sévère. Et elle, Ju, baisse la tête, essayant d’oublier que ses yeux se remplissent de larmes à l’idée que plus jamais elle ne pourra jouer sur le piano du séjour… Elle baisse la tête et s’efforce de ne pas pleurer, elle n’est pas encore fâchée contre madame.

Car elle sait bien qu’il ne lui sera jamais possible d’expliquer à madame qui l’a engagée comme femme de ménage, que jamais elle n’a écouté aucun de ses disques, qu’elle n’a pas besoin d’écouter quelque interprétation que ce soit de La Tempête, puisqu’elle en connaît la partition par cœur depuis toujours et qu’elle la joue sur les cordes tendues de sa vie en déroute, puisqu’elle est Ju la jeune pianiste du conservatoire de Pékin qui devait devenir une grande concertiste. 

Car madame la renverrait plus sûrement encore si elle apprenait qu’elle joue sur son merveilleux Steinway. Car madame se fâcherait plus violemment encore si elle comprenait que Djou la Chinoise est beaucoup plus douée, infiniment plus douée qu’elle-même qui ne joue qu’à grand peine la Lettre à Elise sur le piano désolé.

Ju essaie de retenir les larmes qui menacent, à l’idée que plus jamais elle ne jouera de piano, elle qui à Pékin croyait pouvoir devenir une très grande artiste. Et Ju, par-dessus tout, essaie de contenir sa colère, cette immense colère qui monte en elle. Cette colère qui n’a aucun sens et qu’il faut contenir.

Car madame est affreuse, madame est hypocrite, mais ce n’est pas la faute de madame, si Ju qui devait devenir pianiste, si Ju qui devait donner des concerts auxquels madame n’aurait pas manqué d’assister, si Ju qui devait enregistrer des disques que madame se serait fait dédicacer, est aujourd’hui et pour toujours au mauvais endroit.

Car ce n’est la faute de personne, quand on est au mauvais endroit.

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18 commentaires pour Au mauvais endroit

  1. jill bill dit :

    Ah comme c’est beau… et triste à la fois !!!! Merci Carole encore….

  2. Quichottine dit :

    Oh que j’aurais aimé qu’elle puisse le lui dire, que tout change pour elle… oui, j’aurais tant aimé !
    Ton texte est superbe comme toujours, Carole.
    Merci.

    • carolechollet dit :

      Après tout, elle n’est pas si vieille encore, mon héroïne, alors qui sait ? Mais les nouvelles, c’est cruel, brièveté oblige…Merci Quichottine.

  3. Cette nouvelle est absolument remarquable : d’écriture, bien sûr, – mais là, je me répète, je passe donc rapidement, pour ne point lasser – ; de justesse quant à la « peinture » des ressentis des deux femmes : l’élégance chez l’une, Ju, évidemment, et la bassesse imbécile, chez l’autre.

    Et puis, il y a cette phrase, qui laisse une porte immensément ouverte à cause de cet adverbe, tellement anodin et terriblement lourd de haine à venir, si ce n’était de Ju qu’il s’agissait :

    « Elle n’est pas encore fâchée contre madame ».

    De la grande littérature.

    Notre « Steinway » à nous : vos écrits, Carole …
    Tout simplement.

    • carolechollet dit :

      Merci. C’est tellement gentil, ce que vous dites. Merci de vos encouragements. Car j’ai plus souvent l’impression de jouer sur un petit clavier portatif que sur un Steinnway.

  4. almanito dit :

    Tu as bien vu cette dame « humaniste » qui a tant de principes qui ne l’empêchent pas cependant d’exploiter la misère des sans papiers. quel monde injuste et cruel…
    Je souhaite que toutes ces dames bouffies de prétention voient un jour leur « Zou » enfin redevenues Zhu faire exploser leur talent de virtuoses sur une scène prestigieuse dont elles auront payé leurs places au prix fort.
    Merci Carole pour ce récit tellement réaliste.

    • carolechollet dit :

      C’était important pour moi de savoir si le personnage de « madame » était réaliste. Mais je voulais surtout exprimer la souffrance de l’artiste privé de son art.

  5. flipperine dit :

    un texte très beau mais bien triste elle aurait dû dire qu’elle jouait du piano quand le travail était fini

  6. emma dit :

    destin de déraciné exploité comme il y en a tant…une héroïne touchante .. mais toutes les « madame » ne sont pas si affreuses, on lui espère un lendemain plus serein, à la petite Ju

  7. mansfield dit :

    Une histoire très réaliste qui me rappelle celle véridique de l’écrivain africaine, Fatou Diome, qui a eu un parcours similaire et a été licenciée par ses employeurs quand ils ont découvert qu’elle préparait un master à la fac, alors qu’ils la croyaient simple femme de ménage. Un récit parfaitement ancré dans la réalité, les personnages sont très crédibles.

  8. Alain dit :

    Il faudrait que les personnes qui pensent que les immigrés et clandestins viennent prendre le travail des français, et qu’en plus on peut les exploiter sans s’occuper de ce qu’ils représentent en tant qu’êtres humains, puissent lire votre beau texte. Peut-être leur vision aurait une petite chance d’être modifiée ? Eux aussi, à un moment de leur vie, pourront être au mauvais endroit.

  9. G.Policand dit :

    texte poignant
    On sort meilleur de sa lecture

  10. Cardamone dit :

    Une nouvelle très forte et très prenante, j’aime énormément. Le personnage est captivant et poignant. Quel dommage que les happy ends soient esthétiquement souvent moins satisfaisantes, on s’attache tellement à ton personnage!

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