Scène

— Et le sel ? où il est, le sel ? hein ?… ça manque de sel, tout ça… ! Tout manque toujours de sel, aujourd’hui… Où il est donc, le sel ? Passez-moi le sel !

— Oh lui, avec sa manie du sel…

— Et la bonne femme, toujours à le mettre, elle, son grain de sel… Mais il est où, à la fin, ce sel ? passez-moi donc le sel !

— C’est malsain de trop saler, tu sais bien que c’est malsain… le docteur te l’a interdit…. Fais comme moi, je sale presque plus… Vous savez que j’ai réussi à perdre trois kilos en un mois ? Regardez mes mollets, comme ils sont devenus fins…

—Tu vas pas encore te déshabiller, non ? Te donner en spectacle ! Sacrée bonne femme ! Tu te crois encore jeune, peut-être ? 

—T’aimais bien ça, avant, pourtant, t’aimais bien ça, que je me déshabille ! Tu les aimais bien, mes belles gambettes, non ?

—Ah, c’est sûr, ça, j’ai… mais… Mais tu vas pas te taire à la fin !… Ah, la sacrée bonne femme, toujours à se donner en spectacle, et toujours à parler, à parler, à raconter sa vie, à dire n’importe quoi…

—Pleure pas, Louisette, pleure pas… tu sais bien qu’il est nerveux… 

— Oh, oui, nerveux… et coléreux… ah ! si vous saviez… faut pas faire attention, je sais bien, c’est son Parkingston. Le docteur me disait justement…

— Mais vas-tu te taire, nom d’un chien ? Je l’ai pas, la maladie de Parkinson, j’ai jamais eu de Parkinson, c’était une erreur de diagnostic ! Ah, la bonne femme, bloquée sur son Parkinson ! Dire qu’elle continue à raconter n’importe quoi au docteur… Si seulement on pouvait avoir du sel ! Dans le temps on mettait au moins une salière sur la table. Pourquoi vous avez pas de salière ?

— Petits pois ? 

—Volontiers ! J’adore les petits pois… tante Lili les préparait exactement comme vous, avec de la salade et des oignons blancs… Ah, ça me plaît que vous les ayez préparés à l’ancienne… à l’étuvée, juste comme il faut… avec une noix de beurre… Par contre, allez pas vous vexer surtout, mais il faut pas laisser le beurre roussir… je me demande si vous n’avez pas laissé le beurre roussir un peu… C’est exquis, tout de même, ces petits pois à l’ancienne…

— Ouais, enfin c’est des surgelés, forcément… en cette saison, forcément… ça n’a aucun goût… en plus, ça manque de sel… Pourquoi est-ce que tout manque toujours de sel, aujourd’hui ? Vous pourriez pas m’amener la salière ? De mon temps, ils avaient du goût, les petits pois… et on les mangeait frais, on avait pas peur de les écosser… J’en faisais dans le temps, quand j’avais mon jardin, au Loroux… tu te souviens, Louisette, comme ils étaient bons, les extra fins, les tout nouveaux de l’année… tu les faisais avec de la salade et des oignons blancs… des petits oignons tout jeunes… Tu te souviens, le régal que c’était, le goût qu’ils avaient, les petits oignons, dans ce temps-là…

— Avec une noix de beurre… Mais prenez bien garde à pas laisser le beurre roussir, une autre fois… ça gâte le goût, un beurre roussi…

— Les choses avaient du goût, dans le temps, c’est sûr, tandis qu’aujourd’hui… Ah, c’est pas trop tôt, le sel. Merci quand même… Ils veulent plus se fatiguer, les jeunes… et les vieux…

—Et les vieux, toc, on les place… et ouste, allons-y, les vieux, on les jette, et toc !

—Toc-toc toi-même. Vas-tu te taire, à la fin ?

— C’est sûr que lui, faudrait le placer, maintenant, nerveux comme il est avec son Parkingston…

— Ah la sacrée bonne femme… c’est elle que je vais placer, et à coups de pieds où je pense… dire que ça fait soixante ans, soixante-et-un ans même, que je supporte… héroïquement… ouais, soixante-et-un ans… de l’héroïsme… !

— Un peu de Saint-Emilion ?

—Pour vous faire plaisir alors… du Saint-Emilion, qu’ils disent, mais ouais… il est très ordinaire, très ordinaire, du gros-qui-tache, ouais… les vins n’ont plus de goût, aujourd’hui, de toute façon… On s’en donnait du mal, en ce temps-là, dans les vignes… ah, c’était pas les trente-cinq heures, dans ce temps-là, ni la semaine des quatre jeudis…. on les soignait, les vignes… j’ai travaillé, moi, dans les vignes ! Maintenant, ils veulent plus s’en faire, les jeunes… c’est comme ça… dans ce temps-là c’était autre chose… Ouais, reversez-m’en donc un peu tout de même, de votre Saint-Emilion très ordinaire !

—Tu bois trop, Marcel, arrête donc de boire comme ça, c’est mauvais pour ton Parkingston.

—Fous-moi la paix avec ton Parkinson… J’ai jamais eu de Parkinson ! c’est toi qui as tout inventé pour te faire plaindre, nom d’un chien, faut toujours que tu te fasses plaindre ! Et arrête de m’appeler Marcel ! Tu crois que je suis sourd, peut-être ? Pourquoi que tu fais toujours exprès de m’appeler Marcel ? Je m’appelle Roger, moi, tu entends, Roger-Alphonse-Henri-Gaston ! Où est-ce qu’elle est allée pêcher ça, de m’appeler Marcel pour me faire enrager… sacrée bonne femme !

—Voyons Roger, tu fais encore pleurer Louisette…

— C’est ma faute peut-être si elle pleure pour rien ? Elle croit que ça la rajeunit, sans doute, de pleurer tout le temps… bouffie, oui, qu’elle est, toute rouge et la morve au nez… 

—Roger, voyons ! Calme-toi… Mais non, Louisette, pleure pas comme ça… il a toujours été nerveux… mais il t’aime, tu sais bien… déjà à la maison il nous faisait des colères, des colères…

—T’en mêle pas, Angèle, ou je vais… !  Ah ces bonnes femmes, pourquoi qu’on vit avec des bonnes femmes, hein ?

— Un peu de mâche ?

— Oh, de la mâche… si on peut dire… ! De la mâche en caoutchouc du Leclerc, ouais… ça se voit !… elle est fripée, cuite et recuite, qu’elle est, cette mâche…

— Cuite et recuite, cui-cui, comme les vieux…

—Tais-toi Louisette, faut toujours que tu te donnes en spectacle… Pourquoi vous m’avez pas mis plus de mâche dans mon assiette ? Vous me la pleurez, la mâche ? J’aime ça moi, la mâche. Avec du persil. J’en faisais dans le temps au Loroux… De la bonne, pas de la mâche fripée du Leclerc… 

— Je sais bien, Angèle, je sais bien… Il est comme ça depuis qu’il a son Parkingston… ça le rend irritable… je sais bien qu’il faut lui pardonner… quand on aime on pardonne tout…

— Qu’est-ce que tu racontes encore ? Qu’est-ce qu’elle raconte, hein ? Toujours à caqueter, la bonne femme… tout ce qu’elle sait faire… et depuis soixante ans… non, soixante-et-un ans que je supporte… Et le poivre, nom d’un chien ? Où vous l’avez encore caché, le poivre, maintenant ? ça manque de poivre, ça manque de sel… tout manque toujours de tout, nom d’une pipe !

—Faites pas attention… Depuis son Parkingston, il est tellement… mais il se rend pas compte de son état… Si au moins il mettait son appareil, il pourrait participer un peu à la conversation, être sociable… mais non, toujours à retirer son appareil, et à grogner parce qu’il comprend rien… tous les jours, il baisse… tous les jours un peu plus…

—Parce que toi, tu baisses pas, peut-être… Non, mais vous l’entendez ? Tu baisses autant que moi, je te dis, t’es foutue autant que moi… embarqués ensemble qu’on est, sur le même rafiot… et ouste… 

—Un peu de fromage ? Du Comté ?

—On en fait plus de bon, aujourd’hui, de toute façon, du Comté… plus aucun goût, le Comté d’aujourd’hui…

—Alors un morceau de boulette d’Avesnes, peut-être ? Je l’ai achetée exprès.

— On va essayer… ouais, ça se laisse manger quand même, mais ça a pas d’odeur, pour de la boulette, c’est fade. Plus rien n’a d’odeur, plus rien n’a de goût aujourd’hui… si les jeunes se donnaient tout le mal qu’on s’est donné dans le temps, c’est sûr que… même la boulette d’Avesnes, qu’a plus de goût, maintenant… passez-moi donc le poivre, et la girofle, et le persil… et le sel aussi, pendant que vous y êtes…

— Ce qu’il peut trembler… il en met partout, du sel, du sel, du sel… il tremble, il tremble, pauvre veux, il sucre les fraises, oui, au lieu de saler son fromage… Ah, c’est bien fini, le jardin, et le reste aussi… Même le film du soir il en veut plus. Tout juste encore s’il regarde les Champions, et puis il réclame sa soupe à sept heures, et hop au lit. Comme les poules. A huit heures… et avec ça qu’il fait encore la sieste tous les après-midis… ça l’empêche pas de ronfler comme un Diesel toute la nuit… et de gigoter dans le lit… il me donne des coups… regardez donc mes jambes…

—Mais tu vas pas encore te déshabiller ! c’est pas beau les vieilles bonnes femmes, rhabille-toi ! te donne pas en spectacle tout le temps !

—Pleure pas Louisette, pleure pas comme ça chaque fois qu’il te fait une petite réflexion… c’est pas méchant, ce qu’il te dit… il est pas méchant… il est nerveux, c’est tout, et autoritaire, il a toujours été autoritaire. Tout gosse, déjà…

— J’en peux plus, Angèle, j’en peux plus ! C’est pas croyable comme il baisse depuis son Parkingston. Le docteur m’a dit…

—… ouais, que je perds la tête, je sais, c’est toi qui lui as dit, au docteur, il croirait n’importe quoi, ce gars-là. Et toi, t’en as pas à perdre, de tête, parce que t’en a jamais eu un gramme dans la citrouille, pas un grain dans le ciboulot, pas même un petit grelot, rien du tout… Je lui dirai, moi, au docteur… Elle est vraiment pas extraordinaire, on peut le dire, votre boulette d’Avesnes, vous avez dû l’acheter au Leclerc… pas de goût, pas de goût du tout. J’en avais ramené d’Avesnes autrefois, de la bonne, de la vraie de dans le temps…

—Qu’est-ce que tu dis Roger ? C’est papa qui était allé à Avesnes. Tu y es jamais allé, toi, à Avesnes. C’est papa qui avait ramené de la boulette de chez son oncle Morin qui la faisait lui-même avec du vrai Maroilles, rappelle-toi… Maman avait failli suffoquer… et toi et papa vous vous étiez régalés… C’était quand on habitait Fontaine… il en avait un appétit, papa, en ce temps-là…

— Ouais, ouais, tu dois avoir raison… à Fontaine… la boulette d’Avesnes. Et la mâche, aussi… ouais, je revois bien les rangs de mâche sous les cloches, près du poulailler…

—Mais non, à Fontaine, c’était derrière la grange, le potager… près du poulailler c’était au Loroux, quand tu étais jeune marié, rappelle-toi…

—Tu crois ? Mais le jardin était plus beau à Fontaine… bien plus beau… on avait de tout, en ce temps-là, de la frisée, de la chicorée, de la romaine, de la scarole, de l’endive…

—Non, les endives, c’était au Loroux, papa n’en faisait pas à Fontaine. Maman n’aimait pas les endives.

—Mais on avait du cresson… tu te souviens du cresson qu’on récoltait dans la Creusille, tout au fond du terrain ? Y avait qu’à se baisser…

—Ah, le cresson de la Creusille… papa n’aimait plus aller le ramasser, à la fin, il avait peur de basculer dans l’eau. Dame, quand on baisse, on a peur de se pencher…

—Tout le monde baisse, nous aussi, on baisse, un peu tous les jours, c’est la vie qui penche, qui penche, qui penche… cette planche qu’elle nous savonne, la vie ! 

—Oh toi, avec ta po-é-sie ta phi-lo-so-phie, ma-dame ! tais-toi donc, tu jacasses comme une perruche !

— Jacasser comme une perruche ! ce qu’il faut pas entendre ! mais c’est comme ça qu’il est, depuis l’accident… il supporte pas d’être devenu vieux… si je n’étais pas là pour le materner, pour le bichonner, qu’est-ce qu’il deviendrait ?

— Me materner ? Me bichonner ? J’t’en ficherais, moi, du maternage, du bichonnage ! Toute la journée à me crier dans les oreilles, comme si j’étais sourd… l’accident par-ci, le Parkinson par là… J’ai pas de Parkinson, et tout le monde peut avoir un accident. Route de Paris, j’y suis passé tous les jours pendant cinquante-cinq ans sans avoir d’accident, moi, jamais ! et si cette foutue camionnette avait freiné quand il fallait…

—Un petit chèvre chaud au miel de bruyère ? je viens de les sortir du four.

—On peut pas être au four et au moulin, comme vous dites ! il téléphonait, le bougre, dans sa camionnette… au lieu de regarder à sa droite !

—N’accuse pas les autres, Roger. Tu sais bien que t’étais à un stop… c’est à cause de ton Parkingston que t’as pas trouvé la pédale de frein et que t’as appuyé sur l’accélérateur… Il aurait fallu que je sois là pour tirer le frein à main… comme tante Philomène faisait avec oncle Alfred… je les vois encore, tous les deux, l’oncle tenait le volant, le nez sur le pare-brise, et la tante qui criait : « Stop, freine !… » et elle tirait le frein à main pendant qu’il appuyait sur l’accélérateur… Ah ! il fallait les voir, tous les deux…

—Ah ça oui, il avait une sacrée bonne femme aussi, l’oncle Alfred, une bonne femme… un dragon ! la tante Philomène, un dragon ! Tu l’as connue, toi, Angèle, la tante Philomène de Louisette ? Une belle fille pourtant dans son jeune temps, une beauté, avec une poitrine, une voix… un dragon, qu’elle était devenue, en prenant de l’âge… et tellement large qu’on n’en faisait pas le tour avec les bras…

—Oh, on peut le dire, qu’il filait doux, l’oncle Alfred, devant tante Philomène. Il avait terrifié ses secrétaires toute sa vie, mais devant tante Philomène, oh, il filait doux… Pourtant il avait peur de rien… il avait fait la guerre, la résistance, la libération, la reconstruction, la réindustrialisation, tout, il avait tout fait, il avait peur de rien… je l’entends encore, quand il disait : « Elle peut venir, avec sa faux, elle peut venir, je l’attends. » Mais c’était tante Philomène qui ouvrait la porte, et là, tout son courage, pff ! Pourtant, c’est drôle, c’est elle qui est morte la première. Il était tout désemparé, après, il tournait en rond dans sa maison… il est mort le mois suivant. Oh, il avait passé quatre-vingt-dix-neuf tout de même… quatre-vingt-dix-neuf… est-ce qu’on ira aussi loin que ça, nous, hein ? Et il était encore très bien, il avait encore toute sa tête, lui, il y voyait plus grand chose, mais il avait sa tête, au moins, lui…

— »Au moins, lui » ! vous l’entendez ?… « au moins, lui ! »

—Il se rend pas compte de son état… mais vous n’imaginez pas… ce matin, je l’envoie à la pharmacie acheter des pansements pour mes cors – vous savez que je n’arrive plus à mettre mes chaussures – voilà qu’il revient avec de l’aspirine… il avait oublié, il s’était trompé… et c’est tous les jours, tous les jours, on a beau avoir de la patience, c’est à devenir chèvre, tous les jours, il mélange tout, il perd la boule, il tourne en rond, il parkingstone complètement…

— Ah la sacrée bonne femme…. des pansements ! menteuse, c’est elle qui perd la boule, elle m’avait dit de l’aspirine… vas-y toi-même la prochaine fois, vas-y toi-même expliquer à la pharmacienne que tu veux de l’aspirine à pansements… vas-y toi-même, avec ta faucheuse, et ton oncle Alfred… ah, la sacrée bonne femme  ! J’aurais seulement trente ans de moins, j’en changerais, moi, de bonne femme… j’en changerais, ouais… j’en changerais…

—Et qui c’est qui voudrait de toi ? Trente ans de moins ! Dis plutôt soixante de moins ! trente ans de moins… il se croit jeune, et joli coeur… tremblotant comme il est… Si j’étais pas là pour te materner, pour te bichonner…

— Reprenez donc du fromage… vous ne les avez pas tous goûtés… du Brie ? ou du Saint-Nectaire ? 

— Le Saint-Nectaire, ça me rappelle le père Didot… il en vendait du bon, dans le temps, du fermier… je veux bien essayer le vôtre pour vous faire plaisir… mais seulement si c’est bien du fermier. On vous aura vendu du laitier, au Leclerc, du laitier en promotion… à tous les coups… Passez-moi donc le sel… non, je veux dire, le pain… pourquoi est-ce qu’il n’y a plus de pain dans la corbeille ? on remettait toujours du pain, autrefois, on n’attendait pas que les gens réclament…

— Tu le mangeais pourtant sans pain, ton fromage, à Fontaine. Tu te souviens des bouchées de fromage que t’avalais ? Et sans pain… t’avais un appétit formidable en ce temps-là, comme papa… et puis toujours le mot pour rire, comme papa. On peut dire que tu prenais la vie du bon côté. C’était juste après la guerre, faut dire, on avait pas grand chose, mais on en profitait, au moins, du peu qu’on avait… Tu te souviens du soir où on était allés au théâtre à Varades, tu te souviens, on avait vu Ciboulette. J’étais avec Raymond, on était déjà fiancés, Raymond et moi… Et toi, t’étais avec la fille Girard. on se tenait tous par la main… Comment qu’elle s’appelait donc, la fille Girard… ah oui, Lucienne… Lucienne Girard… tu sais bien, Lucienne.

— Lucienne, ça me dit rien… Lucienne… Mais non, c’était pas Lucienne, c’était Donatienne… Donatienne Girard… Donatienne, ou Rogatienne, je sais plus… Rogatienne Girard… mince… une fille qu’avait des yeux bleus superbes, deux pervenches…

—Mais non, tu perds la mémoire, c’était Lucienne, ta fiancée, à l’époque, Lucienne Girard, la fille du père Girard qu’était quincaillier… Vous deviez vous marier en même temps que nous, Raymond et moi, on s’est mariés l’année suivante, mais vous, vous vous êtes fâchés… enfin, tu sais bien, Lucienne, elle est allée avec le fils Choplin, et vous avez rompu. Tu hurlais, tu voulais la tuer… Elle, elle  s’est mariée avec le fils Choplin, ils habitent près de Metz maintenant… ils sont toujours vivants… je les ai revus le mois dernier à l’enterrement de Félix Chapuis… Lui toujours droit, mais elle… ah, on peut dire qu’elle a vieilli, Lucienne, elle sucre les fraises, maintenant… faut la tenir pour la faire marcher, et elle parle plus, elle bafouille juste des choses qu’on comprend pas…

—Lucienne, oui… tu dois avoir raison… c’était bien Rogatienne… une diablesse, avec des yeux… on aurait dit des turquoises…

—On était allés voir Ciboulette, et à la sortie on avait mangé dans un petit restaurant… ils servaient des plateaux de fromage, fallait voir… toi, t’avais pris de tout, et tu mangeais, à pleines bouchées…

—Ah, manger ! C’est tout ce qui nous reste, à notre âge, le dernier plaisir… manger…

—…elle boudait, ta Lucienne, elle voulait que tu t’occupes d’elle, mais toi, tu mangeais. T’engouffrais, fallait voir…

—Ah, Rogatienne, elle était… elle avait une poitrine… excuse-moi, Louisette, une poitrine… une vraie Lola Brigida… cette Lucienne… une Loli… une Lila… enfin… une diablesse !

—Il l’avait aimé aussi, le fromage, Raymond. Il disait : « On y reviendra, dans cette crèmerie… » On est jamais revenus… y a eu la guerre…

—Oh, ton Raymond, le fromage, c’est avec du vin qu’il l’aimait… avec du vin… bien trempé…

—Tais-toi donc, Louisette…

—Paix à son âme, mais tout le monde le sait, qu’il l’aimait, le vin, Raymond. Il l’aimait trop et sans ça il serait ici avec nous à manger encore son fromage… tu le sais très bien, Angèle.

—Tais-toi, Louisette, tais-toi, c’est pas des choses à dire… faut pas remuer le passé… il avait été prisonnier, Raymond, il s’est jamais remis… faut pas remuer les cendres…

—Elle aimait le théâtre, Lucienne, et elle aimait chanter, elle aimait la vie, Lucienne… elle était comme Rogatienne… tu te souviens comme elle riait quand on est sortis de Ciboulette, Rogatienne, elle riait, elle chantait, elle avait des dents…

—Une part de glace ? Vanille ou nougat ?

—Ah, vanille, je ne dis pas non… et nougat… je ne dis pas non non plus…

—Le petit coeur en plastique rose, je le mets de côté pour les enfants, ils s’amusent toujours tellement avec ces petites choses-là… 

—Tout pour les gosses, aujourd’hui, tout pour les gosses, l’enfant roi, qu’ils appellent ça, l’enfant prince, l’enfant empereur, et les vieux, toc, à l’asile… et allons-y, on vend tout, et ouste, faut pas se gêner…

—Ça les amuse bien plus que des jouets du supermarché, ces petites bricoles de rien, d’ailleurs les jouets sont tous les mêmes aujourd’hui, tous les mêmes, c’est tellement monotone, la vie, aujourd’hui… on sait plus s’amuser du tout… à notre époque, tout juste si on recevait une poupée en chiffons à Noël, des fois même rien qu’une orange… pendant la guerre, une orange dans de la paille… 

—C’est vrai qu’il buvait, Raymond, je peux pas dire le contraire, mais tu sais bien comme il avait souffert… 

—Ils ont souffert, les cocos, je sais, mais Raymond était tout de même un ivrogne.

—Louisette, je t’en prie, respecte au moins ma soeur, les opinions de Raymond, ça ne te regarde pas.

—J’ai toujours été franche, moi, je dis les cocos parce que j’ai l’habitude de dire les cocos. Angèle me connaît, elle sait que je suis franche, avec moi, pas d’hypocrisie, pas de manières… J’ai jamais pensé de mal de Raymond, mais il buvait, on peut le dire franchement, il buvait, et Angèle a eu tort d’épouser un gars qui buvait, qu’était bien plus vieux qu’elle, qu’était ouvrier, et qu’était coco…

—J’ai jamais rien regretté, Louisette, malgré les malheurs qu’on a eus. Va pas me faire dire que je regrette, non, mais quand Raymond a été capturé… tu  sais bien qu’on s’était promis… j’ai attendu Raymond toute la fin de la guerre, et encore longtemps après… il est revenu, et je l’ai épousé. Et si on a eu du malheur, qu’est-ce que ça fait ? 

-Ouais… t’es un grand coeur, Angèle, tu ressembles à ta mère… un ange, que c’était, maman, une sainte femme, tu te souviens… Mais comment donc qu’il s’appelait, ce grand blond, qui te courtisait, en 46, un gars de la résistance, tu sais bien, tu l’as refusé…

—Albert. Il s’appelait Albert.

—C’était un héros, Robert, et il te faisait une de ces cours…

—Albert, il s’appelait. Je l’ai refusé parce que j’avais promis à Raymond. Si Raymond n’était pas rentré, je ne dis pas… mais quand Raymond est rentré, j’ai épousé Raymond, j’ai fait ce que je devais, et Albert l’a très bien compris…

—Robert, c’est ça, Robert Sauvet. Tu sais qu’il est devenu garagiste à Compiègne. Un gros, un concessionnaire !

—Bien sûr que je l’ai su. Il m’écrivait, au jour de l’an… Mais c’était Albert, qu’il s’appelait, Albert Sauvet… De toute façon, il est mort en 75, Albert…

—Tu l’aurais épousé, tu serais une bourgeoise aujourd’hui… ouais, une bourgeoise, et t’aurais des enfants comme il faut, des enfants bien… et des petits enfants, comme nous…

—T’aurais vraiment eu une autre vie, Angèle !

—Une autre vie, t’aurais eu. T’aurais pas eu besoin de te mettre bonniche chez les autres, c’est toi qu’aurais eu la bonniche à la maison… Il avait monté un de ces garages… Sauvet, à l’époque les gens commençaient à acheter des autos en pagaille… en quelle année déjà que c’était, qu’on a eu l’Aronde, Louisette ? en 54 ? en 55 ? 

—Mais non, c’était en 56, l’Aronde…

—Il a eu un fils préfet, Sauvet… et toi, ton salopiaud de fils, pourquoi qu’il dépense tout ton argent au jeu ? Parce qu’il a pas eu un père digne et qu’il a pas appris à respecter sa mère ! T’étais trop faible avec lui, Angèle… mais qu’il se présente pas ici devant moi, je te le corrigerais d’importance !

— Calme-toi, Roger, calme-toi, ne fatigue pas comme ça, avec ton Parkingston… C’est vrai tout de même, Angèle, t’aurais pu avoir une autre vie… c’est ce que je voulais dire tout à l’heure, tu méritais une autre vie…

— C’est pas la question de mériter, Louisette…

— Champagne ? du veuve Cliquot !

— Cette mousse… du Veuve Cliquot… à des vieux comme nous… il fallait pas… faut rien dépenser pour des vieux qui vont mourir… c’est plus bon à rien, les vieux, et toc… à l’asile…  on vend tout, ouais… et toc et ouste… oh, du champagne, j’en veux bien un peu plus…

— C’est pas la question de mériter, Louisette, et tu le sais bien… On fait la vie qu’on a à faire, et voilà tout…

—T’as jamais été débrouillarde… je t’aime bien, Angèle, mais faut le reconnaître, t’as jamais fait ce qu’il fallait…

—Oh, c’est pas comme toi, c’est sûr !

—Moi, au moins, j’ai ma maison… et puis j’ai Roger, j’ai les enfants, j’ai l’amour, moi !… l’amour…  l’amour toujours ! … mon premier amoureux, c’était un représentant. Il était joli garçon. Il m’avait embrassé dans la cave du maire… il m’avait embrassée dans le noir… sur la bouche…

— C’est vrai qu’Albert me plaisait… mais à quoi bon remuer le passé ? Raymond serait pas rentré, j’aurais épousé Albert. Mais il a très bien compris, Albert… il avait été dans la résistance aussi… il savait bien que je pouvais pas faire ça à Raymond qui avait tellement souffert… Albert lui-même m’a approuvée, il a pleuré mais il m’a approuvée.

—… quand il m’a demandé ma main, je lui ai dit très fermement : « Les représentants, c’est coureur, je n’épouserai pas un représentant… » Il m’avait embrassée sur la bouche, vraiment, comme au cinéma… J’ai dit : « Peut-être, si vous changiez de profession… si vraiment vous voulez me mériter… »

—C’est pas la question de mériter… on fait la vie qu’on a à faire…

—… Il aurait pu changer de métier, s’il m’avait vraiment aimée… mais il aimait la route, les voyages… « Un représentant, c’est coureur », voilà ce que je lui avais dit… il s’appelait Marcel, il avait une moustache toute rousse… des cheveux bruns, une moustache rousse, rien que la moustache qui était rousse… il était beau, Marcel… 

—Encore un peu de champagne ? 

—Tu vois, Angèle, t’aurais pris Albert au lieu de t’accrocher à Raymond… tu serais une bourgeoise, et tu serais pas restée veuve à vingt-cinq ans. Et moi, j’aurais pris Marcel au lieu d’attendre Roger, je serais comme toi aujourd’hui, une loque… Mais j’ai dit : « Non, je ne veux pas un représentant… « , et il est parti… c’est drôle la vie, à quoi ça tient… juste à la volonté, il faut avoir de la volonté, de la volonté…

— Ton représentant, tu l’aurais épousé, il serait foutu le camp, et tout de suite, n’importe qui serait foutu le camp, pour plus avoir à te supporter, n’importe qui sauf moi pauvre cloche, mais tu perds rien pour attendre… !

—Roger ! Roger, calme-toi, rassieds-toi, tu tiens pas debout, voyons… là… assieds-toi, calme-toi… là…voilà… respire fort… ça va passer…

—Qu’est-ce qu’il deviendrait tout seul, sans personne pour le materner, pour le bichonner, je vous le demande, il tiendrait pas une journée, pas une heure. Il l’avalerait d’un coup, son acte de naissance… un hoquet de Parkingston, et hop, il casserait sa pipe en terre, paf… 

—Louisette, calme-toi, Louisette… n’en rajoute pas, tu vois bien qu’il est mal…

—…et puis si tu la regrettes, ta Rogatienne, va donc la chercher à Metz… ! Tu lui tiendras ses béquilles, tu lui essuieras le derrière, tu lui saleras ses fraises… Vas-y, à Metz, vas-y, elle t’attend, ta Rogatienne !

—Lucienne, c’était Lucienne, Lucienne, pas Rogatienne, qu’est-ce qui te prend de l’appeler Rogatienne ? Lucienne… bon sang de bois ! Lucienne… c’était une diablesse… des yeux… des yeux comme des violettes… des lèvres, des lèvres comme des coquelicots… et un décolleté…

—Une autre coupe ?

—C’est pas de refus, c’est merveilleux, le champagne, on devient léger, léger… cui-cui, petit zazeau…

—Tiens-toi, Louisette, te donne pas tout le temps en spectacle !

—Pourquoi tu pleures, Louisette, encore ? Tu sais bien qu’il est nerveux. Il t’aime, mais il est nerveux. Avec maman déjà il était comme ça… une sainte femme, pourtant, maman…

—Pas comme Lucienne… Lucienne, c’était pas une sainte, c’était une diablesse, Lucienne… Mais c’est pas elle que je regrette.  Non, celle que je regrette, c’est… zut… j’ai son nom sur le bout de la langue, ça va me revenir, ça va me revenir… je travaillais chez Daudin, en ce temps-là. Elle, elle servait à la boulangerie, tu l’as connue, toi, Angèle… vous aviez été en classe ensemble… elle venait juste d’avoir son certificat, la même année que toi… elle était belle, elle était sage, elle était douce, elle avait des cheveux châtains tout frisottés, on aurait dit de la vapeur autour de son petit visage… on disait c’est la belle boulangère… Tu te souviens, Angèle, je voulais aller chercher le pain tous les jours en sortant de chez Daudin… ça vous faisait rire, maman et toi… Elle me regardait, elle rougissait… je tremblais comme la feuille… Tu l’as connue, Angèle, elle était dans ta classe de certificat…. mais comment donc qu’elle s’appelait ? Un nom avec un i… un nom en i… Yvonne, Yvette…

Yvette Morillon est partie de la poitrine à quatorze ans… Yvonne Tortière à seize ans… elle était à l’école ménagère quand ça l’a prise… Isabelle Duchêne est partie de la poitrine à dix-sept ans… Irma Gautier avait dix-huit ans…

— C’était pas Annie plutôt qu’elle s’appelait ? Il me semble que c’était Annie… 

—Annie… non, Fanny… ah, zut, j’ai son nom sur le bout de la langue… un nom en i, ça va me revenir… … douce elle était, toute tendre…  elle était belle comme un ange… elle rougissait quand je lui parlais…

—Sur la bouche, il m’a embrassée, moi, mon Marcel… je lui ai dit : « Roger, oh, Roger… Roger, vous allez trop loin… « on se vouvoyait, en ce temps-là, tous les deux, tu te souviens…?

—Mais enfin, zut, comment donc qu’elle s’appelait… ça va me revenir… un nom en i… 

— Te fatigue pas comme ça, Roger, calme-toi… Faut rien regretter, on fait la vie qu’on a à faire et c’est tout…

—Un nom en i… aidez-moi à la fin ! Angèle…! Louisette ! vous savez bien, la belle boulangère !

—… Sûr qu’on en a perdu beaucoup, des amis d’enfance… Ah, la faucheuse, elle travaille, elle travaille… l’oncle Alfred le disait toujours : « Faut pas vivre trop vieux, on reste tout seul, on les enterre tous et on reste le dernier… » Mais au moins aujourd’hui on est encore vivants tous les trois, et on a les souvenirs, et on a l’amour… Les vieux, ça se dispute, mais ça s’aime, ça se soutient, les vieux…. ça se dispute parce que c’est vieux, les vieux, mais ça s’aime… L’amour, c’est ça qui les tient encore debout quand ils penchent trop fort… Séparez deux vieux, ils meurent aussitôt, pff…

—Ah la sacrée bonne femme, la sacrée bonne femme, toujours à jacasser ! Mais comment donc qu’elle s’appelait, l’autre, la belle boulangère ? Je voulais l’épouser, celle-là… mais comment donc qu’elle s’appelait ? Ah, zut et zut ! un nom en i… ! Louisette ! Angèle ! aidez-moi à la fin ! Un nom en -i, je vous dis ! C’était pas Louisette, des fois ?

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16 commentaires pour Scène

  1. jill bill dit :

    Hi hi…. là aussi c’est savoureux tous ces personnages…. Mon papa une fois en maison de retraite a trouvé la vie sans sel… à table, il avait son pot perso, quant à la cuisine du tout à l’eau sans saveur… et il en râlait de plus en plus car vrai que chez les « vieux » placés en ces établissements les repas sont attendus, derniers plaisirs souvent… merci Carole !

  2. almanito dit :

    On se dit tout au long de cette conversation qu’il en existe beaucoup des Louisette et des Roger, qui n’ont su donner aucune consistance, aucun relief à leurs vies. Des gens qui ne sont intéressés à rien sinon au contenu de leur assiette, on se désespère un peu de voir tant de misère affective et on les trouve minables et mesquins, quand tout à coup, le voici, lui si désagréable, lâchant enfin, sans le vouloir, la plus belle déclaration d’amour qui explose, comme un cri du coeur à la fin de ce mémorable repas!
    Champagne! tchin Carole!

    • carolechollet dit :

      J’aime bien écouter « les vieux », je trouve qu’il y a toute la misère et toute la beauté humaine dans ces vies parvenues « au bout ». Ils ne « se sont pas intéressés à rien », ils ont été jeunes et actifs, et pleins de possibilités, mais dans le grand âge leur existence s’est réduite et souvent seule la nourriture et les petites disputes quotidiennes ont survécu, bouées de sauvetage peut-être. Je sais qu’il y a d’autres façons de vieillir, plus heureuses, plus sereines, tellement plus rares aussi.

  3. almanito dit :

    Peut-être ont-ils toujours été vieux aussi, cela expliquerait cette fin de vie morose…

  4. G.Policand dit :

    triste période!
    on oublie tout ce qui vous a fait vibrer et on se replie sur le moment présent en l’accusant de pas être celui d’hier.
    J’espère avant ce moment que le droit de partir avant de dégénérer sera octroyé.

    • carolechollet dit :

      On craint parfois qu’il ne soit imposé. Mais trêve de pessimisme. Mes « vieux » (je veux dire bien sûr ceux que j’ai créés ici) au moins n’ont pas tout oublié du bonheur passé, et trouvent encore une forme de plaisir douloureux à se chamailler. J’avais pensé en fait à « Qui a peur de Virginia Woolf ? », une oeuvre que j’aime énormément, surtout bien sûr dans la version de Liz Taylor et Richard Burton.

  5. fanatiques2numerique dit :

    Bonsoir.

    Un texte à la fois très drôle, et très triste. Humain, en fait. Tellement humain.
    Tellement humain, lorsque l’on sait que l’on n’a plus d’avenir de se replonger dans son passé. C’est tout ce qui reste.
    « Tout le monde baisse, nous aussi, on baisse, un peu tous les jours, c’est la vie qui penche, qui penche, qui penche… cette planche qu’elle nous savonne, la vie !  »

    J’ai passé un bon moment à vous lire. C’est normal, je ne m’appelle pas Leclerc….

    • carolechollet dit :

      Je pense que vous savez que Leclerc est une très grosse chaîne de supermarchés en France, mais je préfère le préciser à tout hasard, car la francophonie, c’est vaste !
      Merci de votre lecture, elle-même très humaine.

  6. mansfield dit :

    Conversation savoureuse et détestable à la fois comme ces personnages que la vie a maintenus si longtemps ensemble et qui n’arrêtent pas de se cogner pour se dire qu’ils s’aiment. Ils ont été jeunes à une époque qui leur a forcément volé une partie de leur jeunesse mais qu’il est doux de se rappeler des temps où l’on n’avait pas besoin de se heurter pour s’aimer! On les observe et on compte les points avec amusement. Merci Carole.

  7. Cardamone dit :

    Tant qu’on arrive à se chamailler, il y a de la vie…

  8. Quichottine dit :

    Ah la la ! En te lisant, j’imaginais cette tablée et je me disais que c’était terrible de passer par ces moments d’incompréhension mutuelle.
    Des Louisette et des Roger, il doit y en avoir plein. Tu as su dire, comme toujours, sans complaisance.

    Merci pour ce partage Carole.
    Passe une douce journée.

  9. Catheau dit :

    Vieillir ensemble, une chance, quand même ! Et dans le brouillard du Parkinson, demeure le souvenir ténu de celle qu’on a aimée.

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