L’année prochaine en l’an 2000

La journée avait été affreuse. Une longue torture depuis le petit matin.

Ils s’étaient réveillés bien avant l’aube, tous les deux, mais chacun avait fait semblant d’ignorer que l’autre s’était éveillé d’angoisse. Ils étaient restés immobiles, l’un près de l’autre, de longues heures, avant de se lever, affectant l’indifférence. Puis ils avaient déjeuné légèrement. Et ils avaient quitté rapidement la maison, avec l’impression d’être très en retard. Au cabinet médical, cependant, ils étaient arrivés avec une demi-heure d’avance. Ils s’étaient assis, avaient feuilleté d’absurdes magazines qui parlaient de régimes, de chanteurs, de films et d’étoiles filantes… Jérôme tenait sur ses genoux l’enveloppe brune de l’échographie.

Le docteur Le Coz avait déjà pas mal de retard. Mais à dix heures précises, au lieu de se tourner vers la patiente qui les précédait, il les avait fait entrer. Il avait parlé un moment, du feu d’artifice qui aurait lieu le soir, de sa famille, de politique, et même du temps si agréable qu’il faisait au-dehors. Puis il avait sorti du dossier la lettre du radiologue, avait pris l’échographie, et l’avait observée longuement. Comme s’il avait pu effacer ainsi ce qui n’aurait pas dû se trouver sur l’image, avait-elle pensé. Enfin il s’était redressé sur son siège, s’était gratté la gorge, et avait montré un noeud sombre dans l’incompréhensible enchevêtrement des traits pâles… »Voilà le problème… avait-il dit d’une voix si basse qu’on l’entendait à peine. « Hum… voilà le problème… », avait-il répété, plus fort.

« …Le problème… monsieur Sort, c’est cette boule… appelons cela une tumeur, si vous voulez… une tumeur, enfin une petite tumeur, très petite même, mais qu’il vaut mieux traiter… Vous voyez ? Cette tache sombre. Vous allez me dire qu’elle n’est pas bien méchante. Mais il est toujours préférable d’aller vite. Donc, vous entrez au CHU de Grantes ce soir. Service du professeur Chiffoleau. J’ai téléphoné. Vous êtes attendu. Il faudra y être à 18 heures. Vous serez opéré demain matin. Quant à vous, madame Sort, je vous ai demandé de venir aussi, car vous allez avoir un rôle à jouer. Il faut que monsieur Sort arrive détendu, qu’il évite toute fatigue désormais. Je dis bien toute fatigue. Madame Sort, je me permets de vous demander de veiller à ce que votre époux reste très calme, très sage, pendant toute cette journée, et aussi à ce qu’il reste à jeun. Entièrement à jeun. Ni nourriture, ni boisson. A jeun. A la rigueur, quelques gouttes d’eau sur les lèvres… Vous achèterez un brumisateur à la pharmacie, je vous marque cela… C’est vous qui conduirez jusqu’à Grantes…, je peux aussi vous faire avoir une ambulance… aucune n’est disponible sur l’île cet après-midi, mais si vous le souhaitez, j’en appellerai une moi-même à Grantes… Non ? vous pensez pouvoir conduire ? … Une fois là-bas, de toute façon, tout ira bien. Ils feront tout… tout le nécessaire, évidemment… vous pouvez avoir confiance… Vous serez vite d’aplomb, monsieur Sort, l’affaire de quelques semaines, voilà tout. »

Jérôme avait été si saisi, dès le début, par le mot « tumeur » que c’était à peine s’il avait pu bafouiller quelques mots incompréhensibles en réponse à cet étrange discours. Et elle, elle n’avait cessé de regarder le vieux Le Coz. Il ne disait pas tout, c’était certain. Il mentait, même, puisqu’il avait évité son regard, tout à l’heure. Puisqu’il l’évitait encore.

Il mentait. Elle en avait été tout à fait sûre, lorsque, au moment du départ, le vieux Le Coz leur avait serré fermement la main à tous les deux, avec une sympathie appuyée, après les avoir raccompagnés jusqu’à la porte. La salle d’attente était déjà bondée. Mais il ne semblait pas remarquer les dix paires d’yeux tournées vers lui, il paraissait ne se préoccuper que de cette poignée de main qui n’en finissait pas.

Elle n’avait pas pu s’empêcher de prendre le téléphone, une fois revenue à la maison. Elle avait fermé doucement la porte du séjour, pendant que Jérôme s’affairait maladroitement dans la chambre, à chercher ses vêtements pour remplir la valise, et elle avait composé le numéro du cabinet. Au téléphone, il y avait eu une longue pause – le temps, avait-elle pensé, de faire sortir la personne qui était assise, face à lui, à leur place de tout à l’heure – puis le vieux Le Coz avait tout dit. C’était le pancréas. Un adénocarcinome ductulaire de pronostic très sombre. Jérôme en avait peut-être pour six mois, un peu plus, un peu moins, on ne pouvait pas savoir exactement. On tenterait l’impossible, là-bas, à Grantes, mais il ne fallait pas se faire d’illusions… Il y avait très très peu d’espoir. Ensuite ? Ah, ensuite… Une radiochimio, vraisemblablement… et très vite, peut-être, les soins palliatifs. Avec retour au domicile ? Eventuellement… si elle se sentait capable, oui… On pourrait organiser quelque chose, on y réfléchirait à ce moment-là. L’urgence, pour l’instant, c’était l’opération. » Derrière le mur, dans la chambre, Jérôme s’énervait, criait qu’il n’avait plus de pyjamas, plus aucun pyjama complet, nom de nom ! Qu’est-ce qu’on voulait qu’il fasse avec des moitiés de pyjamas, à l’hôpital… ? « Qu’est-ce que je peux faire ? » avait-elle demandé très bas. « Je vous épaulerai. Vous ferez pour le mieux, j’en suis sûr. Vous pouvez compter sur moi.  » La voix du vieux Le Coz manquait d’assurance. Il les connaissait depuis si longtemps. Ils avaient été voisins, pendant toutes ces années où Le Coz avait eu son cabinet dans la vieille maison basse de la rue des Goélands. « Vous pensez qu’il ne faut rien lui dire, n’est-ce pas ?  » « Pas pour l’instant, madame Sort, il est tellement nerveux, vous savez bien… Par la suite, nous l’amènerons doucement à comprendre… Non, ne craignez rien… non, nous ne lui volerons pas sa mort… faites-nous confiance… » « Et les enfants ? Est-ce que je peux parler aux enfants ? » « Les enfants… ? Je ne sais pas… mais… je crois qu’il faut éviter de… de heurter… enfin de… précipiter les choses… Restez calme, prenez le temps de réfléchir… madame Sort, on vous donnera une plaquette d’information à l’hôpital, et je vais vous mettre en contact dès demain avec un groupe de sout… » « Merci », avait-elle dit brusquement. « Merci. » Et elle avait coupé.

Elle était restée longtemps assise, immobile. Si abattue et passive que l’appareil était tombé de ses mains. Il avait rebondi sur le sol dans un petit bruit métallique, et gisait, comme un grand scarabée au ventre cuirassé, sur le carrelage blanc qui luisait au soleil. Elle s’était contentée de le regarder, incapable de le ramasser. Au bout de quelques secondes, l’écran s’était éteint. Autour d’elle la lumière d’août redessinait chaque objet, soulignant d’ombres lourdes le contour du canapé, de la télévision, du buffet – de tous les meubles familiers. Tout semblait soudain si bizarre, si lointain. Un autre monde. Et les secondes battaient une à une dans ses tempes, lentes et lourdes, au rythme de son sang, dans son corps amolli que ne soutenait plus, l’empêchant seul de s’effondrer, que l’étau du devoir.

Il fallait se lever, il fallait gagner la chambre, il fallait aider Jérôme qui ne trouvait plus rien. Lui parler, l’apaiser. Ramener la vie à sa normalité. Aux petits détails des jours ordinaires. Il le fallait.

Il avait fini par boucler sa valise, et, l’après-midi, comme il tournait en rond dans la salle à manger, elle l’avait emmené se promener un peu dans les dunes, derrière la maison. Ils avaient marché lentement vers la mer, puis ils s’étaient assis l’un près de l’autre, à l’ombre, à la lisière du bois des Espous, face au large. Au bout d’un moment, Jérôme s’était levé, vacillant. Puis il avait retiré ses sandales, retroussé son pantalon de toile, et il avait marché pieds nus dans le sable, jusqu’à l’eau où il avait avancé à mi-mollets. Pour se rafraîchir, sans doute. Ou pour sentir encore sur son corps défait l’odeur du sel et du lointain. La marée était basse. Sur le sable humide, ses pas avaient laissé derrière lui une trace fragile, qui zigzaguait un peu, s’emplissant déjà d’eau. Il était revenu avec peine jusqu’au bois, et elle avait été frappée par sa faiblesse, par sa maigreur. Elle aurait dû comprendre depuis longtemps, insister plus tôt pour qu’il aille voir Le Coz… Comment n’avait-elle pas deviné ? On avait perdu de précieux moments… Il s’assit de nouveau près d’elle, à l’ombre, et ils restèrent longtemps ainsi côte à côte, sans rien dire, à contempler les vagues, avec leurs milliers de chemins inlassables, toujours défaits, toujours recommencés.

Le soir, elle l’avait conduit à l’hôpital, sur le continent, à Grantes. Il s’était installé dans la chambre, elle l’avait aidé à ranger ses vêtements dans l’armoire. Et il avait fallu le laisser, malgré la lueur d’effroi qui brillait dans ses yeux cernés. Le laisser, avait dit l’infirmière. Pour qu’il dorme. Se prépare. L’anesthésiste allait passer. Elle l’avait embrassé sur le front, aussi familièrement, aussi gaiement qu’elle l’avait pu. Un instant elle avait remarqué la transpiration brillante, au creux des rides que ces dernières semaines avaient tellement creusées. Mais à son effroi elle ne pouvait plus apporter de remède. Elle avait promis de revenir le lendemain. Dans le couloir elle avait dû s’asseoir sur un fauteuil de skaï qui lui tendait les bras. Pour pleurer. Elle était rentrée seule par la voie rapide.

Le voyage avait été long, les voitures se pressaient en  files lentes et luisantes sur la quatre voies, on les voyait, de loin, danser sur le pont comme des insectes. Là-bas, le soleil se couchait sur l’île et le ciel rougeoyait douloureusement. Quand elle s’engagea enfin sur le pont, elle eut l’impression qu’il tremblait dans l’air du soir, au-dessus de la mer embrasée.

On était en août, et les vacanciers étaient si nombreux. L’embouteillage l’avait accompagnée, dans la poussière et le bruit, jusqu’au carrefour derrière lequel la maison l’attendait, sereine et consolatrice derrière ses volets bleus.

Elle était seule, maintenant, pensa-t-elle en tournant la clé dans la serrure. Elle serait toujours seule désormais, pensa-t-elle encore, dans le vestibule sombre et frais. Jérôme ne reviendrait que pour mourir, peut-être même ne reviendrait-il pas du tout. Elle se reprocha aussitôt cette pensée. Elle n’avait pas le droit de désespérer. C’était une trahison.

Elle resta longtemps ainsi, debout, dans l’ombre, immobile, répugnant au moindre geste, comme si son immobilité avait pu arrêter… arrêter quoi ? Elle regagna la chambre. Rangea dans la pénombre les vêtements qui s’entassaient encore, en désordre, sur le lit.

Dire qu’on était le soir du feu d’artifice… Elle s’en souvint en entendant les pétards claquer au-dehors. Des gens passaient devant la maison, parlant et riant très fort, une foule, qui grandissait de moment en moment, avançant vers l’ouest, vers la plage des Espous, où le feu d’artifice allait être tiré à onze heures.

Elle sortit. Le ciel était encore très bleu, mais il se remplissait d’étoiles. Comme une nasse. Des enfants couraient vers la plage en riant. Ce n’était pas souvent qu’on avait ce genre de distraction, ici. L’île était si petite, si modeste. On n’y tirait de feux d’artifices que pour les occasions exceptionnelles. Cette année, ce serait pour le cinquantenaire du Pont. En 1989, il y avait eu le bicentenaire de la Révolution, le spectacle avait été mémorable, une pyrotechnie raffinée, comme il y en avait eu partout en France cette année-là, en bleu blanc rouge bien sûr. On avait tiré un autre feu d’artifice encore, en 1999, pour la dernière année du millénaire. Elle se souvenait très bien. Les enfants étaient encore très jeunes. Elle les tenait chacun par une main pour ne pas les perdre. Jérôme marchait devant eux, sans se retourner, comme il faisait toujours, et elle devait sans cesse presser le pas, se faufiler avec les enfants dans la foule grandissante, pour ne pas le perdre.

Elle prit machinalement le chemin des Espous, avec les autres. Elle avançait avec une légèreté étrange, tandis que la nuit se chargeait doucement d’obscurité et d’étoiles. Elle se souvint de ce qu’on disait des étoiles filantes, dans le magazine qu’elle avait feuilleté, ce matin, chez Le Coz. Il paraît qu’en août les étoiles filantes sont bien visibles. Qu’elles tombent en pluie dense et étincelante, par les nuits pures et claires. Elle s’arrêta, chercha là-haut si elle pouvait distinguer une de ces étoiles filantes, et il lui sembla en voir une en effet, très frêle, glisser au bord du ciel… mais c’était peut-être un bateau, là-bas, s’en allant vers le large.

Soudain, une fusée siffla, traçant dans le ciel un long zigzag de feu. C’était le signal. Les gens qui marchaient s’arrêtèrent. Toutes les lumières s’éteignirent.

Cela dura plus d’un quart d’heure. Un spectacle splendide. Le ciel s’emplit de grandes fleurs de flammes, immenses pissenlits de lumière, vastes ombelles colorées, floraisons magnifiques et fugaces qui retombaient en pluie lasse d’étincelles aussitôt fanées, dans la fumée épaisse et l’odeur de la poudre.

Et tout lui revint brusquement. Cet autre soir d’été, en 1999…

C’était un 13 juillet, sur cette plage des Espous qui avait un si drôle de nom et que les enfants s’amusaient à appeler la plage des poux…  elle serrait dans sa main droite la main d’Alice, dans sa main gauche la main du tout petit Raphaël. Ils avaient réussi à rester ensemble, malgré l’obstination de Jérôme à marcher trop vite. Et ils s’étaient installés, comme dans un nid, tous les quatre, serrés les uns contre les autres au milieu de la foule, à la lisière du bois des Espous. Le feu d’artifice avait été particulièrement beau, et long, le dernier d’un siècle tourmenté, dont la mer avait emporté au loin l’éclat et la clameur. A la fin, après les applaudissements qui avaient salué le bouquet final, et avant que ne retentissent les musiques du bal, sur l’estrade illuminée, le maire avait salué la foule au micro : « Et maintenant, rendez-vous l’année prochaine, en l’an 2000 ! »L’an 2000 ! c’était si bon alors, de penser à l’an 2000, à tous ces étés à venir d’un nouveau millénaire où les enfants vivraient leur vie d’adultes. Tous avaient joyeusement applaudi le maire. Jérôme et les enfants avaient ri. Elle, sans savoir pourquoi, s’était sentie un peu triste.

« Rendez-vous l’année prochaine, en l’an 2000 ! » Elle se souvenait si bien. Elle s’était sentie triste après avoir entendu ces paroles du maire, de plus en plus triste, elle ne savait pas pourquoi, au milieu de ces gens si heureux. Jérôme lui avait fait aussitôt des reproches, disant qu’il fallait toujours qu’elle gâche tout, avec son air morose. Les enfants s’étaient mis à geindre, à s’agiter. – Et puis zut, est-ce qu’elle allait les lâcher un peu, ces gosses ? Elle voyait bien qu’ils avaient besoin de liberté, qu’ils voulaient vivre… Ils n’avaient plus l’âge d’être tenus par la main comme ça !… Elle s’était résignée, avait lâché la main d’Alice, et le petit Raphaël, alors, avait tiré si fort qu’elle en avait été toute surprise, qu’elle n’avait pas pu le retenir. Il avait couru dans la nuit et la foule. On l’avait appelé un moment… les cris se perdaient dans la musique du bal… elle avait eu si peur… comme si l’enfant échappé dans la nuit s’était engagé témérairement sur le territoire de la mort… comme s’il n’allait plus jamais pouvoir revenir de tant d’obscurité. Mais soudain on avait revu sa petite silhouette vive et blonde : il s’était retrouvé tout seul. Jérôme avait haussé les épaules : « Tu vois bien ! » Elle avait serré l’enfant contre elle, heureuse, si heureuse.  Bien sûr, tout était de sa faute, elle était si sotte avec ses craintes, et sa tristesse, sa perpétuelle angoisse. Ils étaient rentrés, ensemble, par le petit chemin des dunes tout éclairé de lune, à l’écart de la foule. Jérôme portait le petit sur ses épaules, et Alice se serrait contre lui. Elle marchait derrière eux, posant ses pas sur leurs ombres légères que la lune étirait bizarrement.

Le maire était mort six mois plus tard, et le feu d’artifice de l’an 2000 n’avait jamais eu lieu finalement.

Alice travaillait à Lyon maintenant, et Raphaël finissait ses études à Paris, où il ferait tout l’été un stage. Ils ne rentraient plus que rarement. L’île était si loin de tout. Le bout du monde. Elle se souvenait si bien pourtant de la pression de leurs petites mains moites dans la sienne. Da la main droite, elle tenait Alice, de la main gauche, Raphaël. Alice était droitière, Raphaël était gaucher, elle les tenait toujours ainsi… Et Jérôme… il marchait vite et droit alors, sans se retourner, comme si l’avenir lui avait tracé une longue route. Que faisait-il, là-bas, à cette heure-ci, dans sa chambre d’hôpital ? Est-ce qu’il dormait déjà, abruti par les sédatifs, ou est-ce qu’il regardait, dans la nuit, tremblant d’angoisse, grandir les lumières de la ville, derrière la large vitre sans rideaux ? Et l’avait-il finalement revêtu, ce pyjama qu’il avait tant cherché, tout à l’heure, ou bien l’avait-on forcé à revêtir une de ces affreuses chemises qu’on donne dans les hôpitaux à ceux que l’on opère ?

Demain, elle demanderait un congé à Mme Vacher pour aller voir Jérôme. Mme Vacher était veuve, elle comprendrait. Il fallait rentrer maintenant, essayer de dormir un peu. Elle suivit le flot des vacanciers qui s’en retournaient. Soudain, dans la foule qui la bousculait, elle s’immobilisa, incapable d’aller plus loin. Ses yeux s’emplissaient de larmes. Cette tristesse qu’elle avait ressentie, autrefois, cette tristesse alors inexplicable et qui avait tout gâché… maintenant, elle savait de quelle certitude elle lui venait, de quelles profondeurs amères.

Lentement, elle se ressaisit. Demain après-midi, elle irait voir Jérôme, elle l’aiderait à se réveiller, elle l’aiderait à se sentir plus fort, à engager la lutte. Dès le matin, elle appellerait les enfants au téléphone. Elle laisserait un message sur le répondeur. Quelques phrases qu’elle aurait soigneusement composées. Elle suivrait les conseils du vieux Le Coz, elle ne dirait pas tout, mais elle en dirait assez. Ils comprendraient. Ils reviendraient un jour ou deux, pour le 15 août, par exemple. Pour le 15 août, ils pourraient s’arranger. Une dernière fois, ils seraient ensemble. Ensemble.

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8 commentaires pour L’année prochaine en l’an 2000

  1. Jill bill dit :

    Bonjour Carole… Le combat de bien des couples quand ça vous tombe dessus… et ce mot ensemble qui prend encore plus de sens, merci…. JB

  2. almanitoo dit :

    Nos vies sont comme ces feux d’artifices éblouissants, merveilleusement magiques et… éphémères, nous laissant désemparés et démunis lorsqu’ils s’éteignent, si vite…
    Certainement je penserai à ton récit poignant ce soir, quand la dernière lumière du spectacle s’éteindra dans le ciel, laissant une impression de vide, de jamais plus.

  3. mansfield dit :

    Une très belle incursion dans l’intimité d’un couple confronté au terrible combat perdu qui défait tout ce qui a été construit au fil des ans, avec amour.

  4. Cardamone dit :

    Poignant, ce voyage temporel, existentiel, opéré par la magie des feux d’artifices.

  5. carolechollet dit :

    Merci Cardamone. La joie éphémère des feux d’artifice m’a toujours rendue mélancolique.

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