La route de Merlette

– Et les jonquilles ? T’as pensé aux jonquilles ?

– Je les ai cueillies tout à l’heure. Une grande brassée. Elles sont dans le coffre, toutes fraîches.

-Tu les as bien enveloppées, au moins ? Tu les as emballées correctement ? qu’elles n’aillent pas s’abîmer, encore !

-…

– Et les cartes routières ? Tu y as pensé, aux cartes routières ? Tu les as pas laissées sur la table, j’espère, comme l’autre fois ?

– Et toi, hein, et toi ? tu as bien fait le plein ? Et l’huile ? Et les pneus ? T’as vérifié ?

– M’énerve pas. J’ai été chez Leray hier soir. Le plein, le niveau d’huile, la pression des pneus. Tout. Ça m’a coûté assez cher. T’as jamais confiance.

– Alors je ferme la maison. Il est temps d’y aller. Huit heures de route aller-retour. Au moins. Plus le déjeuner et les pauses. Si on veut être rentrés ce soir avant la nuit…

– Je sais bien, bon sang, je sais bien ! me harcèle pas comme ça, me harcèle pas tout le temps !

Maryse haussa les épaules, ça ne valait pas la peine de prendre la mouche. Elle tourna lentement la clé dans la serrure. Guy était déjà au volant. Dans l’ombre il paraissait très maigre, anguleux et voûté dans son costume noir des dimanches. Elle prit place à son tour, un peu serrée dans son beau manteau de laine marine… il allait se froisser, mais elle tremblait de froid en ce matin frissonnant de mars. Sur les jonquilles elle avait trouvé de la gelée blanche, tout à l’heure. Elle avait dû les envelopper d’un plastique avant de les ranger dans le coffre. Il faisait encore nuit, et les phares jaunes de la vieille ZX fixaient la route étroite et herbeuse comme deux grands yeux étonnés.

Ils ne quittaient plus que rarement leur pavillon, au hameau de Rongeaud, depuis qu’ils ne travaillaient plus, et la voisine, Mme Henaff, était sortie sur son seuil en les entendant partir. On était le 2 mars, évidemment. Elle s’approcha pour dire quelques mots, d’adieu, ou d’encouragement, peut-être. C’était une femme qui voulait toujours aider. Guy grommela qu’il n’entendait pas ce qu’elle disait. Qu’est-ce qu’elle voulait, encore, la mère Hénaff ? Maryse baissa la vitre, la salua, et lui tendit la clé du jardin. Madame Hénaff s’occuperait du chien, comme d’habitude, c’était entendu. La ZX démarra. Madame Hénaff agita la main dans la pénombre. Maryse lui fit de grands signes par la fenêtre restée ouverte. Au virage, la silhouette incertaine de la voisine s’effaça tout à fait. Guy ralentit, comme s’il avait eu peine à distinguer la route, désormais. On aperçut bientôt cependant le carrefour de Quiquengrogne. La voiture toussota, hésitante. Huit heures de trajet. Ce serait difficile. Les phares jaunes eux-mêmes semblaient faiblir, prêts à renoncer, et ne jetaient sur le carrefour qu’une lumière timide, anxieuse, emportée par la brume.

Mais la vieille ZX se reprit, et, d’une secousse énergique, tourna vers Pont-Dutan. Il pleuvait, les essuie-glaces poussifs balayaient mal et l’intérieur du pare-brise se couvrait de buée malgré les efforts bruyants du ventilateur. Le chauffage était en panne – ma foi, la voiture était ce qu’elle était, à l’âge qu’elle avait maintenant, on n’allait pas faire des frais. Maryse essuya la vitre avec un chiffon épais qu’elle avait emporté exprès, ouvrit de nouveau la vitre, sortit du grand sac qu’elle avait placé sous ses pieds deux plaids à carreaux, disposa l’un sur les genoux de Guy, et l’autre sur les siens. Il faisait encore froid au petit matin, en mars. Ça irait mieux dans la journée, la météo avait prévu un peu de soleil.

Sur la nationale, il bruinassait et la nuit s’attardait, traversée de lumières tournoyantes et d’éclairs fugitifs. La ZX était sans arrêt doublée par des camions qui l’aveuglaient. Guy se trompa deux fois avant Rennes. « Une heure de perdue… comme s’ils pouvaient pas indiquer correctement, bougres d’idiots… », marmonnait-il. « Te fâche pas, c’est pas grave, on arrivera un peu plus tard », répétait Maryse, mais Guy s’irritait de plus en plus. Il était devenu tellement irascible. Maryse le poussait toujours un peu, elle savait bien que c’était mieux, la colère. Mieux que beaucoup d’autres choses qui auraient pu arriver, qu’elle avait redoutées.

On s’engagea sur le périphérique de Rennes avec le soleil levant. Guy s’apaisa. Il conduisait crispé, les mains serrées sur le volant. La ZX était de plus en plus souvent doublée. Il fallut s’arrêter avant Valloubly, sur le bas-côté, et encore une fois après Saint-Christophe… Guy n’était plus jeune, naturellement, et ce froid, ça n’arrangeait sûrement rien.

A Valloubly, Guy déclara qu’il était fatigué. La ZX s’arrêta sur le bas-côté. Guy s’étira sur son siège. Il remonta son plaid, grincha qu’il détestait voyager, qu’il faisait bien trop froid. Maryse sortit la thermos, servit un café fort, encore bien chaud, très sucré. Bien sûr, Guy déclara comme d’habitude que c’était de l’eau chaude, même pas du jus de chaussette, de l’eau chaude… et encore, chaude… si on voulait y croire ! Maryse lui tendit en silence le paquet de gâteaux, mais il refusa d’y toucher, réclama un autre verre de café, et davantage de sucre, et un gâteau finalement, puis s’endormit presque aussitôt. Maryse étudia le trajet sur la carte. C’était le moment où les choses se compliquaient.

Après Valloubly, on s’engagerait par les petites routes, pour gagner Auverse. Il faudrait prendre par Villefrancoeur puis par Mémorre, la deuxième à droite place de l’église, ensuite tout droit jusqu’à Freschines, puis la première à gauche vers Auverse.

On déjeunerait à Auverse. Il y avait là un petit restaurant qu’ils connaissaient depuis l’époque où ils allaient une fois par an rendre visite à  l’oncle Georges et à la tante Renée, un établissement tout simple, mais où la cuisine était bonne, et abondante. C’était là que jadis ils invitaient l’oncle et la tante, quand ils se rendaient en visite à Auverse. La patronne était une ancienne vendeuse de tante Renée, qui avait repris l’auberge après le décès de ses parents. Ils faisaient toujours le détour, pour s’arrêter au « Cheval blanc », parler un peu.

Guy se réveilla, grogna que Maryse l’avait laissé dormir trop longtemps, mit son clignotant, et rejoignit à grand-peine le flot serré de la nationale. La ZX oscilla un moment au milieu des 42 tonnes et des convois exceptionnels, comme un insecte fragile.
On se trompa à Mémorre, forcément. La route de Freschines était toujours aussi mal indiquée. Depuis le temps ! On se demandait bien ce qu’ils fichaient, ces gars des travaux publics ! De toute façon, Maryse n’avait jamais su lire une carte.

A Auverse ils furent soulagés de retrouver, rue Principale, le restaurant intact, avec sa vigne vierge et ses volets verts. Guy se gara laborieusement entre deux platanes. Au-dessus de la porte, sur l’enseigne de tôle grossièrement découpée, le petit cheval blanc galopait toujours contre vents et nuages, avec ce courage naïf qu’aucune tempête n’avait pu encore arrêter.

La salle était tiède et paisible. Ils prirent, près de la fenêtre du jardin, la grande table au bouquet de myosotis.

C’était toujours là qu’ils s’asseyaient, autrefois, avec oncle Georges et tante Renée, quand ils descendaient ensemble au petit restaurant d’Auverse. La patronne leur avait réservé la table. Puisqu’on était le 2 mars.

Elle vint les servir elle-même. Ils commandèrent le menu habituel : salade composée, steak frites salade et plateau de fromages. « Je vous offre la mousse au chocolat, pour le dessert. La mousse au chocolat du petit. »

-Vous vous souvenez ? Hein ? ajouta, comme toujours, la patronne souriante. Vous vous souvenez du jour de la mousse au chocolat ? Comme il s’était barbouillé, le gosse… Et comme il criait « core, core !  » pour en  avoir une seconde part ? Ils riaient bien, l’oncle et la tante, allez ! Ils avaient pas souvent l’occasion de rire comme ça, à leur âge… »

S’ils se souvenaient ! Ils en avaient les larmes aux yeux ! « Il s’était même mis debout sur sa chaise, parce que j’arrivais pas assez vite, le polisson ! Et l’oncle qui s’était mis à faire le fou, à faire chanter les verres avec son doigt mouillé, à cogner sur son assiette avec sa cuillère… Et la tante Renée qui était devenue toute rouge… Et le gamin qui criait « core, core ! » Ah! les enfants, c’est ce qu’on a de meilleur, n’est-ce pas ! C’est notre jeunesse… Alors je vous sers la mousse au chocolat, comme d’habitude, et ne montez pas sur les chaises pour en demander d’autre, au moins ! »

Ils s’attardèrent un bon moment. Après la mousse au chocolat, ils prirent encore le café, qu’ils burent très lentement. Ils avaient toujours du mal à quitter ce petit restaurant d’Auverse, où la patronne les connaissait si bien. Dans le jardin un rayon de soleil jouait, mince et fuyant, un peu fou, sur les reflets du bassin. Derrière la margelle d’ardoises, le portique se tenait encore debout et droit, avec sa petite balançoire de bois pendue entre les deux cordes usées. La patronne leur proposa de prendre le café sous la véranda. Il était déjà tard, mais ils acceptèrent. C’était toujours si difficile de partir. Ils bavardèrent. Ils parlèrent de l’oncle et de la tante. Ils parlèrent du petit, longtemps. Puis, en hésitant un peu, la patronne dit qu’elle avait déjà vendu, qu’elle allait prendre sa retraite l’année suivante, qu’elle avait des ennuis de famille… son mari… il était si bien, vous savez, et puis soudain, cet AVC… ça allait si vite, ces choses-là, on avait eu beau les craindre, ça vous prenait toujours par surprise… maintenant, il s’était un peu remis, bien sûr, mais il était très diminué, elle avait dû prendre quelqu’un pour s’occuper de lui, alors avec toutes ces dépenses, sans parler de la crise qui faisait que les gens venaient moins, et consommaient moins quand ils venaient le restaurant n’était plus viable, il valait mieux céder… ils comprenaient, oui, oui, ils comprenaient, les ennuis, les tourments, oui, ça venait si vite…si vite… ils la regretteraient bien… ils aimaient tant s’arrêter chez elle, parler un peu… mais comprendre, ça oui, oui… ils comprenaient. Guy était si voûté, et il acquiesçait d’une voix si sourde que Maryse prit peur. Elle regarda sa montre.

– Mon Dieu, Guy, il est déjà deux heures… il va falloir y aller ! encore au moins trois heures jusqu’à Merlette ! Il est temps.

Guy se fâcha. Vraiment. Il était harcelé, absolument, harcelé, c’était le mot. Il en avait marre, plus que marre. La bonne femme était infernale. La patronne dit qu’il fallait être raisonnable. Deux heures de route, et encore au moins quatre ensuite pour rentrer… il ne fallait pas prendre le risque de rouler en pleine nuit, tout à l’heure… Guy grommela encore, puis céda. On dit adieu à la patronne, longuement, puis on remonta dans la vieille ZX, on remit les plaids sur les vieux genoux. Ils roulèrent un moment, en silence. Ils savaient bien que ce ne serait plus jamais pareil, à Auverse, ça ne vaudrait plus la peine de faire la dépense du restaurant. Guy crispait ses mains sur le volant glacé.

Ils ne parlaient pas. Il fallut faire le plein à Barugé, au Super U où l’essence n’était pas trop chère. On s’arrêta à Breil pour la vessie de Guy, à Doeil pour celle de Maryse. On traversa la Gâtine. On entra dans le Valhommois. La ZX abordait maintenant des régions qu’ils connaissaient mal. Le soleil était doux, les arbres au bord de la route balançaient leurs branches chargées de jeunes bourgeons. La campagne était belle, avec ses jeunes blés, ses pousses de colza, ses semis de luzerne. Ce n’était pas souvent qu’ils partaient ainsi, loin de chez eux, et ce n’était pas du tout désagréable. Ils se sentaient presque jeunes, à rouler comme ça, sur de grandes routes baignées de ciel et d’espoir, où de larges panneaux indiquaient « Paris », comme s’il était vraiment possible de s’y rendre.

Mais on arrivait déjà à Valhommes. Le soleil se voila. Le printemps s’éteignit, vaincu, sous un lourd étouffoir de nuages glacés. L’hiver était têtu, en mars, il fallait se faire une raison.

A Valhommes, ils s’arrêtèrent sur le trottoir, rue du Calvaire, devant la maison de Patrick et Nathalie. La porte était ouverte, on voyait béer le couloir, long et obscur. On entendait des voix. Ils eurent envie de sonner, n’osèrent pas. Qu’est-ce qu’ils auraient dit ? Qu’est-ce que les gens auraient pensé ? Ils sortirent la carte, la consultèrent longuement, pour être sûrs. On n’était plus très loin. Mais Guy mit si longtemps à redémarrer que Maryse, à nouveau, s’inquiéta. Il explosa quand elle parla des courses à faire… elle avait oublié les sandwiches ! Bon sang, à quoi est-ce qu’elle pensait ? Il fallait toujours qu’elle s’ingénie à retarder…

A l’Intermarché, ils achetèrent un peu de pain et de jambon pour le repas du soir – on mangerait sur le pouce, quelque part, au bord de la route, ou peut-être debout dans la cuisine, après tout, si on rentrait assez tôt. Ils prirent aussi un bouquet. Un autre. Deux, ce serait mieux. Et puis, on ne pouvait pas dire pourquoi, mais c’était toujours mieux d’acheter. C’étaient des roses, très rouges, une gerbe qui faisait de l’effet, avec un ruban brun à bordure dorée très joliment noué. Ils placèrent le bouquet dans le coffre, soigneusement, à côté des jonquilles dont le jaune crémeux, soudain, parut s’éteindre. Le coffre refermé, ils restèrent un moment debout, près de la voiture. Les passants les bousculaient, ils ne savaient pas pourquoi ils restaient là, immobiles, à perdre du temps.

Ils se résignèrent enfin, reprirent la route. La voiture monta vaillamment la côte de la Borne. On prit à droite tout en haut, la route de La Noue, qui dévalait la pente en lacets aigus. L’après-midi étirait ses ombres, et les articulations noueuses de Guy se raidissaient de plus en plus, sur le volant.

Enfin on entra dans la vallée de Céliande. La ZX allait si lentement qu’elle se faisait doubler par toutes les voitures qui la suivaient. On klaxonnait même, on moquait Guy, on l’appelait « papi ». Il se fâchait, criait des mots incompréhensibles. Et c’était mieux comme ça, pensait Maryse.

– Ce sera la troisième à droite à la sortie de Céliande, dit Maryse.

Un quatre-quatre doubla en faisant hurler son klaxon. Puis ce fut une Lancia conduite par des jeunes qui riaient. Ils roulaient tous si vite, si vite, confiants dans leurs forces, dans leur jeunesse.

-Avance encore, pas trop loin, jusqu’à l’entrée du bois de Merlette… va doucement, qu’on rate pas le petit chemin. C’est le premier, tu sais bien, avant le virage. Là où il y a le grand chêne aux branches basses. Voilà. C’est ici.

La ZX s’engagea dans le petit chemin, très lentement puis s’immobilisa tout à fait. Guy descendit avec difficulté, ouvrit le coffre de ses mains qui tremblaient maintenant si fort que Maryse les serra doucement dans les siennes un instant. Elle sortit le bouquet de jonquilles cueilli le matin dans le jardin de la maison, et le lui donna, elle-même prit le bouquet de roses acheté à l’Intermarché. Et ils avancèrent, lentement, voûtés dans leurs habits du dimanche un peu froissés, jusqu’à la petite motte où se trouvait la croix de bois qu’ils avaient plantée, sur le talus herbeux, au creux du virage en épingle, juste au bord de la route du Moulin-Noyé. Guy déposa sa gerbe de roses, Maryse sa gerbe de jonquilles. Elle gratta un peu la croix, où la mousse avait gagné et recouvrait le nom gravé et peint en lettres dorées. Patrick. Ils restèrent là un moment, dans le vrombissement des voitures qui passaient. C’était toujours si difficile de partir.

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11 commentaires pour La route de Merlette

  1. jill bill dit :

    Bonjour Carole, je n’imaginais pas cette fin, un 2 mars qui les a bien marqué dans leur coeur…. on imagine, merci…

  2. Catheau dit :

    « Demain, dès l’aube… » Votre bouquet d’iris m’a fait penser au « bouquet de houx vert et de bruyère en fleur »… Une émotion contenue.

  3. almanitoo dit :

    Ils sont vraiment touchants, ces pauvres vieux qui subissent le deuil le plus atroce en s’agrippant à leurs petites habitudes étriquées, et achètent un second bouquet parce que » ça fait toujours mieux », comme si Patrick était toujours là pour en juger.

    • carolechollet dit :

      C’est peut-être que pour eux, il est « toujours là ». Le deuil est si difficile, après la mort d’un enfant, qui bouleverse l’ordre des générations, et renverse tous les espoirs de la vie.

  4. mansfield dit :

    J’aime beaucoup le parallèle entre tous les détails du quotidien, les conversations anodines et cet anniversaire grave et solennel qui définit entièrement la vie de ce couple tenant debout vaille que vaille

  5. Émouvant ce texte..que l’on doit lire jusqu’à la fin pour comprendre le chagrin de ce couple
    allant en souvenir retrouver leur petit.
    Merci

  6. Touchants ces deux êtres unis par tant de souvenirs douloureux . Tu as su ménager le lecteur pour livrer le secret de cette souffrance en toute fin. Tes descriptions de situations sont plus vraies que nature. Merci à toi Carole. Amitiés. Joëlle

  7. carolechollet dit :

    Merci Joëlle. Amitiés.

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