Anaïs

Mme Dutilleux s’y reprit à deux fois pour lire l’article. Elle avait dû mal comprendre. Il devait y avoir une erreur. Ou alors c’était une coïncidence. Une homonymie. Un de ces hasards extraordinaires… Anaïs !

Etait-ce vraiment possible ? Anaïs… était devenue… pouvait-elle croire ce qu’elle lisait…? elle était devenue « la reine de la pop française ». C’était ce qu’affirmait le journaliste : « la nouvelle reine de la pop française ». Sur la photo on distinguait en effet très nettement le mince visage, encadré de boucles rousses, de la jeune fille qu’elle avait eue en cours, des années plus tôt… Son nom, son visage… Oui, c’était stupéfiant, mais c’était bien elle. Aucun doute n’était possible. Le regard était devenu plus dur, le menton avait accentué sa carrure. Il y avait aussi ce poignet tatoué… Mais c’était bien elle. Anaïs. Sa meilleure élève. Pas seulement la meilleure de sa classe. La meilleure de toutes, toutes ces longues années qui avaient vu défiler tant et tant d’élèves. Toutes ces années qui avaient voûté les épaules frêles de Mme Dutilleux, écrasé sa volonté, épuisé son orgueil, brisé son ambition… Combien y en avait-il donc eu, de ces longues écrasantes années ? Le compte avait été fait récemment lorsqu’elle avait présenté sa demande d’admission à la retraite… Quarante-et-une, à peu près. Quarante années entières et trois trimestres, exactement. Et en réalité Mme Dutilleux ne les regrettait pas, pas du tout, ces années, ces trimestres… même si ses épaules s’étaient tellement voûtées… Non, il ne s’agissait pas de cela, de quoi s’agissait-il ? elle ne s’y retrouvait plus… oh cet article… ! il s’agissait d’Anaïs… d’Anaïs qui était devenue – était-ce donc seulement imaginable ? une chose pareille avait-elle réellement pu arriver ? – qui était devenue… une reine de la pop…!  Anaïs… la plus douée de toutes… Oui, plus elle y réfléchissait, plus il lui semblait qu’Anaïs avait vraiment été, en ces quarante années scolaires et trois trimestres, la plus fine, la plus volontaire aussi, celle dont la pensée orgueilleuse et déliée s’en allait le plus loin, le plus vite dans les méandres et les abîmes de l’analyse… Elle se souvenait très bien qu’après son bac Anaïs était partie suivre une classe préparatoire… est-ce que ce n’était pas au lycée Louis Le Grand ? ou au lycée Henri IV… elle ne savait plus, mais il était certain, au moins, que c’était à Paris, et non moins certain qu’elle avait été finalement admise à l’Ecole normale supérieure… Normale… un sommet, évidemment… Quand Mme Dutilleux l’avait appris, elle en avait été presque fière, dans son humilité professorale, comme si la réussite d’Anaïs avait été un peu la sienne… Et elle était bien réellement un peu, un tout petit peu la sienne… parce qu’Anaïs, n’est-ce pas, avait été de ces élèves auxquelles Mme Dutilleux s’était vraiment attachée, qu’elle avait eu à cœur d’amener jusqu’au bout de ce qu’elle appelait leurs « possibles », ce qui était, elle était prête à le reconnaître, extrêmement présomptueux, car le possible… c’est justement ce qu’on ignore et qui échappe… et voilà qu’en effet, finalement, tout s’était effondré, qu’Anaïs avait jeté aux orties comme une brassée de sottises tout ce que Mme Dutilleux lui avait enseigné, pour devenir… une reine de la pop… ! C’était tellement, tellement… vulgaire, absurde… Et encore, s’il n’y avait eu que cela… mais elle chantait, ou elle avait voulu chanter – Mme Dutilleux ne savait plus, tant les lignes de cet article insensé qu’elle devait lire jusqu’à sa lie d’encre noire sinuaient follement entre ses mains tremblantes – non, elle avait dansé, elle allait danser, chanter, danser, enfin… c’était absurde, on n’y comprenait rien… à la fois seule et entourée de travestis à talons hauts et roses… 

Mme Dutilleux reprit une gorgée de café pour se soutenir… « Pour le changement de sexe, on verra plus tard, déclarait encore Anaïs au journaliste extasié… je n’ai pas le temps en ce moment… » Madame Dutilleux ajouta trois sucres à son café, tourna nerveusement la petite cuillère, avala d’un coup, relut. C’était sans doute une plaisanterie. Anaïs. Anaïs, voyons… Il lui sembla entendre de nouveau la voix boudeuse de la petite Anaïs, sa voix menue comme brindille, qui ne savait rire que comme on pleure – ou grince. Elle revit nettement la bouche délicate aux lèvres minces et très rouges, qui avait toujours l’air de vouloir mordre un peu.

Anaïs… Mme Dutilleux se souvenait très bien. Elle se souvenait de mieux en mieux. Anaïs qui avait écrit une pièce de théâtre qu’on avait jouée sur la scène du lycée. Anaïs qui courait partout sur la scène en secouant ses cheveux comme dans une tragédie antique, alors qu’au fond elle n’avait guère écrit qu’un drame.

Le théâtre… Sans doute le théâtre était-il la clé. Anaïs avait tellement aimé monter sur scène. Elle arpentait les planches comme un lutteur, poings serrés, épaules tendues, elle avait toujours l’air de vouloir affronter un adversaire invisible. Anaïs, pourquoi donc, avait toujours eu envie de lui dire Mme Dutilleux ? Anaïs, calmez-vous, personne ici ne vous en veut, vous n’avez à combattre que vous-même, Anaïs. Anaïs… Mme Dutilleux regrettait amèrement, aujourd’hui, d’avoir encouragé Anaïs dans sa passion pour le théâtre. N’avait-elle pas imaginé, alors, qu’Anaïs deviendrait auteur dramatique ? C’était ce que tous pensaient, à l’époque… auteur dramatique, ou peut-être metteur en scène… une nouvelle Yasmina Reza, une autre Ariane Mnouchkine. Personne, alors, personne n’aurait pensé…

Quant au… reste… Bien sûr, Mme Dutilleux avait toujours su, elle avait bien remarqué la façon dont Anaïs avait tenu la main de son amie à la tête rasée, dans la rue, cet après-midi-là… C’était lors d’un de ces défilés de lycéens, dédiés à quelque cause obscure aujourd’hui oubliée mais qui enflammait les cœurs rebelles… dans la foule les deux filles s’étaient trouvées un instant devant leur professeur – que faisait-elle donc là, elle, Mme Dutilleux, au milieu de ce groupe d’élèves ? elle l’avait tout à fait oublié, mais les deux mains enlacées elle les revoyait nettement… Et pourquoi pas ? avait-elle pensé, avant d’enfouir l’image dans les caves profondes, si vastes et bien compartimentées, de sa discrétion professionnelle et de sa tolérance inlassable. Mais tout, tout resurgissait, intact, maintenant qu’elle lisait cet article qui faisait vaciller ses certitudes… – non, pas ses certitudes, quelles certitudes aurait-elle pu avoir, elle qui n’avait jamais eu affaire qu’à la fuyante humanité d’êtres en devenir ?–, pas ses certitudes, non… c’étaient seulement ses… ses repères, qui tremblaient… qui s’embrouillaient… les lignes invisibles, éternelles et solides, qui avaient dirigé dans l’obscurité des jours, en comètes éternelles, sa foi obstinée d’enseignante, et qu’un vertige emportait déchirées comme de vieilles toiles d’araignées.

— C’est étrange, dit à haute voix Mme Dutilleux, c’est étrange comme les professeurs connaissent à la fois si peu et si bien leurs élèves… 

Si peu, bien sûr, si peu… car on ne leur dit rien, et en même temps, si bien… est-ce qu’ils ne savent pas tout, au fond, eux qui lisent les mots déposés sur les pages… tout des errances, des secrets… ?

Elle, elle avait toujours été de ces êtres qui ne se soucient pas de certaines questions. Une de ces intellectuelles toujours dépeignées et mal vêtues qui arpentent leur vie en talons plats et pantalons froissés. Les idées, après tout, ne sont ni hommes ni femmes. Si seulement elle avait pu encore expliquer cela à Anaïs. Mais plus jamais elle n’expliquerait rien à Anaïs, qui était devenue la reines de la pop…

Tout au bas de l’article, on indiquait un numéro de téléphone. C’était là qu’on pouvait réserver des places pour le concert. Car Anaïs allait donner un concert ici-même, à l’Aldebaran, dans sa ville natale, le mois prochain. « Anaïs Twins« . Oh, ce pluriel, ce pluriel si exaspérant, ces jeux d’images et de miroirs qu’elle avait toujours affectionnés… « Ne vous dispersez pas, Anaïs, ne vous dispersez donc pas comme ça »…  mais Anaïs n’écoutait plus que son public. On prévoyait une énorme affluence…

—Allô, euh… avait bredouillé Mme Dutilleux… c’est pour… réserver, oui, c’est cela, réserver… une place, oui… que je parle plus fort ?… mais je ne peux pas, vous comprenez, je ne… allô, oui, vous n’entendez pas ? … quel concert ? … Celui d’Anaïs Mathellier, bien sûr… enfin, je veux dire… d' »Anaïs Twins« … Ah, c’est presque complet ? Il ne vous reste plus que des places à 45 euros… c’est… oui… en effet… un peu cher, mais je prends… enfin, je veux dire, je vous… j’achète une place… mon numéro de carte bancaire?… oui… oui… payer… évidemment… voilà, oui… je… je suis prête… à… je voulais dire… à payer…

.

Et maintenant… maintenant, voilà qu’elle était là, tout près de la scène, face à Anaïs qui se déhanchait si bizarrement dans la lumière, face à Anaïs qui dansait en remuant ses épaules et ses jambes en lame de ciseaux, comme une poupée désarticulée, et qui chantait des choses étranges, pas laides au fond, peut-être même jolies – est-ce qu’elle savait, elle qui n’y connaissait rien ? – mais si bizarres, des mélodies elles aussi désarticulées, des chants brisés où fulguraient des bribes de phrases très pures, dont elle ne parvenait pas à comprendre le sens…

Sur la scène la lumière se déplaçait avec Anaïs, dansait et tressautait avec elle. Au fond, dans l’ombre opaque, on distinguait des musiciens… un guitariste, un  batteur, et un drôle de petit homme à tête rase qui se battait avec une forêt de leviers et de touches sur un immense clavier électronique. Mais dans la lumière, au bord du plancher luisant, il n’y avait qu’Anaïs. C’était si étrange, cette douche de lumière qui dessinait autour d’Anaïs, si menue, si petite, un grand halo de solitude. Tout cela était si extraordinaire, si incompréhensible. Mme Dutilleux aurait été tout à fait incapable de dire, si on le lui avait demandé, si ce qu’elle voyait et entendait lui plaisait ou lui déplaisait. Elle aurait, tout autant, été incapable d’expliquer pourquoi, à mesure que se déroulait le concert, elle sentait l’angoisse monter en elle, au point d’en avoir maintenant les yeux pleins de larmes.

Pourtant tout semblait se passer au mieux. C’était un concert sage, au fond, avec un public qui n’était pas si jeune, qui ne semblait pas se droguer… rien à voir avec les images de Woodstock qu’elle avait pu voir dans sa jeunesse. Des gens corrects, qui n’applaudissaient qu’entre les morceaux, fort et assez longtemps, mais sans crier, sans siffler, sans trépigner, sans boire de la vodka à la bouteille, sans reprendre les paroles à tue-tête. Des gens bien élevés, qui paraissaient simplement juger et approuver, et qui se comportaient très… oui très sagement, sans passion, sans excès, avec la même correction que s’ils avaient assisté à un concert de musique classique. Au prix des places, évidemment, pas vraiment énorme, mais pas donné non plus on ne pouvait s’attendre à rencontrer ni des bourgeois décadents ni des punks… elle aurait pu se douter… Et quant au… au reste… eh bien, elle pouvait être tout à fait rassurée, on ne voyait pas un seul travesti dans la salle, pas un seul, elle en était bien certaine… Il y avait même, juste devant elle, un couple âgé très chic et tout à fait, disons… traditionnel… enfin… moderne, bien sûr, la femme en jupe de laine brune et l’homme en catogan, anticonformistes juste ce qu’il faut… qui se parlaient à voix basse tout en applaudissant posément, et qui paraissaient peser chaque gramme de leur  admiration… 

Un concert sage… et Anaïs elle-même, concentrée et crispée, dans son costume pailleté, paraissait incroyablement sérieuse, acharnée… décidée à donner au public tout ce qu’il attendait… comme si sa vie entière avait dépendu de ce public blasé dont peut-être elle ne distinguait pas un visage. C’était peut-être le plus surprenant. Elle n’avait pas du tout imaginé ainsi cette soirée à l’Aldebaran.

Après tout, Anaïs était devenue une reines de la pop – et même de l’électro-pop aux compositions savamment remixées par ordinateur, ainsi que l’avait appris à Mme Dutilleux la lecture compulsive des éloges innombrables parus sur internet –, elle était devenue une reines de la scène, une reines plurielle qui ne voulait plus être elle-même. Mais ce qu’elle faisait désormais, aussi surprenant que cela pût paraître, elle le faisait comme avant, bien, très bien… Oui, elle le faisait vraiment bien. Intensément. On voyait qu’elle avait préparé ses chorégraphies comme elle affûtait autrefois sa réflexion, en réfléchissant à chaque détail, en évitant tous les écarts de l’improvisation. « L’hybris, Anaïs, la démesure, comprenez-vous qu’elle guette surtout celui qui croit la dominer… ? » Cette année-là ils avaient étudié la tragédie antique.

« Oh, Anaïs, je crois que oui, finalement vous êtes bien devenue metteur en scène… et même auteur dramatique… non, savez-vous, non, vous ne m’avez pas déçue… pas du tout déçue… vous avez bien accompli ces possibles que je devinais en vous…  » Mais plus jamais Mme Dutilleux ne parlerait à Anaïs. Elles n’étaient plus du même monde. Entre elles il y aurait toujours maintenant cet abîme, ce trou noir qui séparait de la scène lumineuse le public indistinct.

Elle se souvint de l’article, du premier article, de l’article stupéfiant qu’elle avait lu en buvant son café du matin, le mois précédent… Elle aurait presque pu en rire maintenant… de quoi donc avait-elle eu peur alors ? Toutes ces… ces provocations… tous ces… ces excès… c’était évidemment aussi dans la pièce… ou plutôt, le scénario… c’était calculé au plus près, cela faisait partie, en somme, en quelque sorte… disons… du dispositif scénique… La célébrité, la fortune, ce sont des chemins qui se préparent comme des mises en scène, aujourd’hui. Une société liquide, où les identités se noient dans le grand fleuve pailleté des étoiles mourantes, une société du spectacle. Dont Anaïs Twins était devenue la reines. Elle avait eu tort de croire à une trahison, ou à une déchéance. Anaïs savait parfaitement ce qu’elle faisait. Elle irait loin, beaucoup plus loin encore dans la voie qu’elle s’était tracée. Et ce but en apparence si extravagant qu’elle poursuivait, elle l’avait depuis longtemps traqué de toute la force orgueilleuse inflexible de son extrême intelligence… Elle n’avait pas changé, au fond, la petite Antigone… non, pardon… la petite Anaïs…

Pourtant, si, quelque chose avait changé.

Quelque chose qu’Anaïs elle-même ignorait.

Quelque chose qui la menaçait mais qu’elle ne paraissait pas soupçonner.

Les reflets qui fuyaient en emportant son ombre, immense et minuscule, accrochée au micro comme au bord d’un miroir.

La lumière.

La lumière surtout. Ce halo qui l’enserrait de son cercle glacé. Cette lumière découpée sur la nuit, au centre de laquelle elle dansait comme une poupée brisée. Cette douche éclatante qui semblait la noyer. Cette lumière brutale, dans laquelle elle était tellement, tellement seule, désormais.

 .

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25 commentaires pour Anaïs

  1. Nathalie ADNET dit :

    On reste un peu sur sa « fin »….

    • carolechollet dit :

      C’est qu’il s’agit d’une histoire « vraie », avec très peu de transposition. L’incroyable et récente métamorphose d’une de mes élèves.
      La fin n’est pas encore « écrite », c’est la vie qui la rédigera…

      • Nathalie ADNET dit :

        D’accord. Tant mieux….!
        Va-t-elle reprendre contact avec elle?…..

      • Quichottine dit :

        La fin n’est pas écrite… mais j’espère de tout coeur qu’elle sera autre que celle qu’on peut imaginer en la voyant si seule… si dure aussi.

        Ah la la !
        Il est ainsi des élèves dont on ne peut se détacher, qui nous marquent…

        Merci pour ce partage, Carole.

  2. jill bill dit :

    Bonjour Carole… La meilleure élève de toutes, surprise en effet en reine de la pop, quant à l’autre bord elle savait m’dame Dutilleux pas aveugle… La célébrité est chaude, mais….comme tu dis…. merci, jill

  3. G.Policand dit :

    En fait, là aussi elle est la meilleure.( On sent bien, jeune, des destins exceptionnels, mais on ne peut deviner dans quel domaine.)
    Mais être la première, la meilleure, c’est forcément être seul(e). Et se trouver au sommet c’est risquer la dégringolade…Bien vu!

    Souhaitons de ne pas la retrouver « en morceaux »

  4. almanito dit :

    Anaïs n’en est qu’au début de sa vie, toutes les portes restent ouvertes et on peut penser qu’elle sera encore la première dans bien d’autres domaines car elle n’a certainement pas oublié l’enseignement de madame Dutilleux,( à mes yeux le personnage attachant de ce récit.)

  5. Nathalie ADNET dit :

    Ce qui est intéressant c’est la question du double, de « l’autre moi  » au travers de l’élève, comme si le professeur avait, par son action maternante (= l’enseignement ) donné sa propre substance vitale à un auditoire élu…, au risque de s’épuiser…

  6. Michèle F. dit :

    La « reine de la pop », aveuglée et seule dans son halo de lumière ne peut pas voir son ancien professeur (excusez-moi, je suis de l’ancienne école, j’ai du mal avec le féminin) de la même façon que le professeur, aveuglé à sa manière, n’avait pu imaginer d’autre destin pour son ancienne brillante élève que l’entrée à l’ENS. Double aveuglement qui les rejette chacune dans la même solitude. Pourquoi donc faudrait-il une « fin »? Il n’y a d’autre fin que la vie qui continue pour chacune d’elles. Bienheureux Monsieur Germain qui reçut un jour la lettre que vous savez.

  7. chateux23 dit :

    Je me souviens que tu avais évoqué une fois, une de tes élèves qui était devenue chanteuse…
    Ce que ressent Mme Dutilleux par rapport à son élève, me fait penser à ce que nous ressentons par rapport à nos propres enfants qui ne suivent la route qu’on croyait leur avoir tracée. Il faut alors revoir les préjugés, redéfinir les priorités….
    J’aime bien ta comparaison finale avec Antigone, obstinée et solitaire….

    • carolechollet dit :

      Ce n’est pas la même. Deux de mes élèves sont devenues chanteuses. L’une dans la « chanson à textes », et c’était bien ce à quoi elle se préparait dès le lycée, l’autre, après une spectaculaire « réorientation », dans l' »électro pop », comme je viens de le raconter, en fait.

  8. Aloysia dit :

    Fantastique !!! Je suis scotchée. Tu présentes le personnage de l’enseignante avec tant de vérité… La bonne enseignante réservée et simple que je n’ai pas eue hélas mais qui pourrait être le portrait de ma mère (qui fut également enseignante) ; et celui de cette Anaïs entraînée par son assurance de fille intelligente et qui a envie « d’autre chose », comme je l’étais avec mes deux camarades en 1ère, lorsque nous rivalisions à interpréter Andromaque ou Phèdre. Tu pénètres la psychologie du personnage avec une rare intelligence, et en effet n’est-ce pas un peu le profil de Madonna que tu nous offres là ? En tous cas cette histoire de fille sortie de Normale Sup me rappelle quelqu’un…
    Cette poupée désarticulée dans son halo de lumière est bien l’image du pauvre « J »suis qu’un artiste » de Léo Ferré (« Regarde-moi ! J’suis une idole..; ») ou de Dalida qui malgré son succès n’a cessé de chercher le suicide – jusqu’à l’obtenir. D’ailleurs on comprend que la gamine à la tête rasée a peut-être été le « mauvais ange » de l’affaire… Ecriture et pensée toujours aussi fulgurantes, Carole !

    • carolechollet dit :

      Dalida, et aussi Michael Jackson, puisque c’est une référence évidente dans le cas qui m’a (pré)occupée. Destins tragiques auxquels j’ai pensé en effet. Pour la gamine à tête rasée, enfant très fragile, je ne sais pas.

  9. flipperine dit :

    une pensée de jeunesse que cette fille a su mettre en pratique dans les moindres détails comme lorsqu’elle était bonne élève mais que va t-elle devenir par la suite

  10. fanatiques2numerique dit :

    Bonjour,
    J’ai beaucoup aimé. On avance petit à petit vers ce fossé entre ces deux personnes. Même si quelque part on aurait rêvé qu’elles se rencontrent, mais c’est compter sans le fossé, l’abîme entre elles.

  11. Alain dit :

    Les profs ne font que transmettre le savoir, guider parfois. Ensuite la vie s’installe avec toutes ses incertitudes : businessman, chercheur, balayeur, SDF, ou… artiste. Le dernier est mon choix, mais a-t-on toujours le choix ?

  12. mansfield dit :

    Une analyse très fine du « Don », ce cadeau du ciel qui ne demande qu’à être exploité pourvu qu’on découvre ce pourquoi on est fait, et de la solitude qui accompagne l’individu dans la réalisation de soi menant au succès.

  13. polly dit :

    Les rares excellents élèves le sont pour qui? Pour leurs parents, leurs enseignants, pour eux-mêmes? Je me pose toujours la question, car ils sont pris dans les filets du conformisme familial et social. « On » veut pour eux.
    Ils vont dans les grandes écoles, puis les grandes entreprises, et patin couffin. Rares sont les créatifs qui échappent à ce que les adultes désiraient pour eux. Ils n’en sont pas moins seuls face aux responsabilités qu’on exige d’eux.
    Anaïs a su trouver une voie (et voix) toute personnelle, et la création, quelle qu’elle soit, est solitude. Cela ne signifie pas qu’Anaïs est plus seule qu’un énarque de haut niveau.
    Elle a trouvé sa joie.
    Que son professeur s’étonne, rien de plus normal, et que finalement elle comprenne le travail de cette scène là, toute cette intelligence mise au service d’un spectacle, c’est tout à son honneur.
    Tu as transcris avec beaucoup de finesse la réflexion de Mme Dutilleux.. Elle nous touche vraiment entre sa première surprise où elle s’étrangle presque de l’outrageuse destinée et l’admiration finale qui pointe.

  14. emmanuelle dit :

    Je découvre votre blog grâce à Quichottine et je suis sous le charme de votre écriture fine et touchante. Merci pour ce beau moment de lecture que vous nous offrez.
    Je partage le point de vue de Polly sur l’emprise de la société sur les créatifs et le courage qui leur est nécessaire pour s’épanouir dans leur être.

  15. zadddie dit :

    La façon dont tu te décris « m’amuse » ( puisque tu dis que l’histoire est vraie…). Etait ce juste de la surprise et il y avait il réellement un peu de peine ( « dans la vraie vie »…)?

    • zadddie dit :

      d’autres questions me viennent à l’esprit….(« scolaire » le concert?

    • carolechollet dit :

      Je me suis moquée de moi-même dans ce texte. Mais oui, bien sûr, il y a une certaine déception. A contre-courant bien sûr de ce que tout le monde d’habitude appelle « réussir » (avoir de l’argent, être célèbre), et une certaine angoisse. Les gens qu’on voit sur scène paraissent toujours si fragiles quand on les connaît.

  16. zadddie dit :

    elle s’est particulièrement distinguée ton élève!

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