Le train de 18h03

Il était 18 heures passées, un soleil rouge et glacé se couchait sur la ville, et déjà on avait tiré les stores, quand Joseph Pentecoutant se souvint qu’il avait un train à prendre. Il fut surpris de n’avoir aucune peine à se lever de ce lit de fer étroit qui était peu à peu devenu sa prison, et où sa vieille chair s’était si longtemps tourmentée d’escarres. D’un bond léger il se dressa sur ses jambes et poussa la porte. La voie était tout à fait libre… Il s’engagea d’un pas d’évadé dans les couloirs de l’hôpital. Il croyait avoir pris ses précautions, mais dans l’ascenseur il eut une émotion lorsque, juste derrière lui, il vit monter mademoiselle Anissa. Mademoiselle Anissa était son aide-soignante préférée, la plus joyeuse, la plus attentive aussi, celle, qui tout à l’heure, avait si soigneusement tiré le drap sur lui. Si elle l’avait reconnu, mon Dieu ! quel foin elle aurait fait, elle l’aurait obligé à rentrer, et à se recoucher dare-dare. Il s’aplatit, tremblant, contre la paroi de métal. Mais elle n’eut l’air ni de le reconnaître, ni de le remarquer, il en fut même un peu vexé. La pauvre, elle avait tant de préoccupations… elle accompagnait un malheureux entièrement enveloppé de ce tissu épais aux initiales de l’hôpital qu’il avait toujours trouvé si rêche et lourd. Sans doute s’en allaient-ils à la morgue, tous les deux… Chère Anissa… elle était toujours tellement, tellement fatiguée… et, bien sûr, rouler des corps à la morgue, enfin, à la chambre mortuaire, comme on disait maintenant… il fallait que quelqu’un le fasse, et elle, au moins, elle aimait son métier, mais c’était dur, tout de même… elle en avait les larmes aux yeux, aujourd’hui… Elle avait dû bien le connaître, et le plaindre, aussi, le pauvre type qui dormait là, pour pleurer comme ça…

Il sortit au rez-de-chaussée, laissant Anissa et son mort descendre seuls au sous-sol. Il l’avait échappé belle et poussa un soupir de soulagement : grâce au pauvre type couché sur la civière, elle n’avait pas prêté attention à sa présence… dommage pour Anissa qui aurait peut-être aimé lui dire adieu, dommage surtout pour le pauvre type… et… tant mieux pour lui. 

Car il avait un train à prendre, lui, il ne pouvait pas se permettre un contretemps…

La gare n’était pas loin de l’hôpital. Il fut surpris cependant de s’y trouver si vite. On pouvait dire que le repos lui avait fait du bien… jamais il ne s’était senti aussi vif, aussi rapide, aussi léger… 

Ce qui l’ennuyait un peu, c’était de ne plus se souvenir de l’endroit auquel il devait se rendre… il était sûr que le train était réservé, pourtant, puisqu’il avait le billet dans sa poche, mais – était-ce sa vue trop basse qui l’empêchait de lire, ou bien l’encre avait-elle manqué lors de l’impression du papier ? – il ne parvenait pas à déchiffrer toutes les indications… certaines zones semblaient avoir été laissées en blanc… Il ne pouvait lire que son nom, Pentecoutant Joseph… la date, 24 février 2014… et l’heure… 18h03… – Comment ? 18h03 ? Il s’était donc trompé, tout à l’heure, il était parti trop tard… Qu’il était donc en retard  ! très en retard… il était parti beaucoup trop tard… Comment avait-il pu se tromper ainsi ? Il le savait depuis longtemps, pourtant, qu’il avait ce train à prendre… il s’était préparé… Il avait dû s’endormir… ou bien c’était parce qu’on lui avait retiré sa montre, là-bas, quand on avait fait sa toilette… pourquoi vous empêchaient-ils toujours de savoir l’heure ? Voilà à quoi cela menait, de retirer aux gens leur montre, ils manquaient le train, on était bien avancé… ! Il bondit jusqu’à la voie où on annonçait le train… le train pour… ils avaient oublié de l’indiquer… décidément ! enfin, le train de 18h03… celui qu’il avait à prendre !

Le train était encore à quai, frémissant du départ imminent, mais encore là… Il avait dû être retardé… cela arrivait si souvent de nos jours, oui, de nos jours, les trains étaient inexplicablement en retard… c’était comme ça, le monde était inexplicablement désaccordé, de nos jours. Mais, après tout, ce retard… il n’allait pas ronchonner…  c’était une chance finalement, ce retard, une telle chance ! Dire qu’il aurait pu le manquer, ce fameux train de 18h03 ! Il monta en hâte. Le train s’ébranla aussitôt, comme s’il n’avait attendu que lui. 

Ce qui l’étonna bien, ce fut de n’avoir aucun mal à trouver sa place. La porte coulissante s’était immédiatement ouverte, et le compartiment avait été tout de suite là, devant lui. Intact. Juste celui qu’il avait demandé. Un compartiment à sièges de skaï vert bouteille, avec des filets de cordes grises suspendus comme des hamacs, et des photographies sous verre en noir et blanc. Sa place était marquée de la mention « Réservé », près de la fenêtre, dans le sens de la marche. La meilleure place. Juste en face de la photographie en noir et blanc qui représentait Quiberon… exactement ce qu’il avait demandé… on avait même poussé la complaisance jusqu’à choisir justement cette plage où il avait appris à nager, petit enfant, avec son grand-père Paul… Comment s’appelait-elle, déjà, cette plage ? Il l’avait oublié, et la photo ne le précisait pas… Enfin, la plage…

Il reconnaissait tout avec une infinie satisfaction. Tout… Les sièges de skaï usés, la tache sombre qui lézardait rêveusement au plafond près du boîtier de l’ampoule, les champs vastes et houleux qu’on moissonnait derrière les vitres. Et ce bruit sourd et doux de la locomotive… tchoc tchoc, tchoc tchoc tchoc, tchoc tchoc, tchoc tchoc tchoc… le cognement régulier des bielles… et cette fumée, là, au-dehors, cette suie comme un voile d’araignée sur la vitre… il y avait si longtemps… mais tout était intact… C’était vraiment extraordinaire… jamais il n’aurait cru qu’ils pousseraient à ce point la précision. Ce qui l’émerveillait le plus, c’était qu’ils aient pu retrouver la loco, la loco à vapeur… celle qu’il avait décrite sur la fiche de réservation, celle qui les avaient amenés jusqu’à Vannes, cette année-là, ses grands-parents et lui, l’année où ils avaient passé à Quiberon une semaine d’été. Quelle chance il avait, décidément, d’avoir pu obtenir une place précisément dans le train de 18h03… et quelle chance aussi de ne l’avoir pas manqué, en définitive…

Alors, c’était à Quiberon qu’on allait, finalement ? C’était un excellent choix, Quiberon, même s’il ne se souvenait plus de l’avoir explicitement indiqué sur la fiche… Mais Quiberon, oui, on n’aurait pas pu mieux choisir… En hiver, c’était moins gai, évidemment, mais l’essentiel était d’y aller… d’y revenir enfin, après toutes ces années… Il avait toujours rêvé de retourner à Quiberon, et, pour toutes sortes d’absurdes raisons, le voyage avait toujours été remis… Du reste, qui avait dit que c’était l’hiver ? C’était l’hiver, oui, tout à l’heure, dans la chambre d’hôpital toute sombre, mais ici ? Ici, non… ici, l’air était chaud, par la fenêtre on voyait passer les champs jaunes, avec leurs longs épis tremblants qui se courbaient sous les herses, et leurs bouquets criards de coquelicots et de bleuets. Ici le ciel était si bleu qu’on l’aurait cru inflexible, si on n’avait pas su qu’on s’en allait là-bas, pour ce voyage d’été sans fin remis, sur la presque-île…

Il jeta un coup d’oeil autour de lui… Ce qui était curieux, c’était que le compartiment soit resté vide… il se souvenait d’un train bondé, des valises qui débordaient dans les filets, des bavardages, des paniers remplis de vivres que les voyageurs déballaient, à l’heure du repas… il faudrait qu’il demande au contrôleur, tout à l’heure, pourquoi on n’avait pas rempli ce wagon où justement une place lui était réservée… il aurait bien aimé un peu de compagnie. Il était en route pour un long voyage, après tout…

Il demanderait au contrôleur, tout à l’heure… le contrôleur lui donnerait toutes les explications nécessaires… Ce serait peut-être monsieur Chesneau, l’ami du grand-père Paul… un brave homme ce Chesneau, c’était chez lui, d’ailleurs, qu’on était allé autrefois, à Quiberon, dans la petite maison qu’il retapait là-bas, et où il avait invité quelques joyeux copains qui devaient l’aider… Cependant, une voix se mit à grésiller dans les hauts-parleurs – c’était probablement le contrôleur… il devait être quelque part dans un autre wagon, il avait dû le voir monter, tout à l’heure, remarquer son essoufflement,  ce début d’angoisse qui l’avait saisi : 

« Nous vous souhaitons un excellent voyage. Nous espérons que vous êtes bien installé et que le décor vous convient. Si toutefois vous souhaitiez autre chose, il suffirait de nous le faire savoir, nous ferions aussitôt en sorte de réaliser vos désirs… »

Quelle amabilité ! Jamais encore, même au meilleur temps de l’enfance, quand il voyageait avec son grand-père cheminot, qui connaissait tous les employés, il n’avait emprunté un train aussi accueillant. Cependant, il ne désirait rien d’autre, non, il était comblé… il aurait apprécié quelques compagnons, peut-être, mais il en monterait, peut-être, aux prochains arrêts… et… oui, pourquoi pas, cela aussi, il l’aurait aimé… autant que d’aller à Quiberon, revoir… revoir la Creuse… la Creuse, et, par-dessus tout, le Moulin noyé… ce petit coin de rivière, dans la campagne de la Creuse, où il allait pêcher avec Daniel Bonhomme, lorsqu’il était jeune apprenti aux usines Daubeix et qu’il prenait, les dimanches de soleil, un peu de bon temps à la campagne, entre copains…

Il leva la tête et s’aperçut qu’on avait déjà changé la photographie dans son cadre : elle montrait maintenant justement ce méandre de Creuse encaissé dans les arbres, les vélos couchés dans l’herbe, et la grande vieille maison haute du Moulin noyé, devant laquelle on passait de si bons moments, à bavarder et regarder l’eau verte nageant comme un serpent, tandis que l’hameçon tournait en mouche bleue, dans l’air pur des dimanches.

Où allait-il, finalement, ce train ? Au fond, cela n’avait pas d’importance. L’essentiel était d’être là, sur les inusables banquettes de skaï, d’écouter le souffle de la vieille loco, de rêver au passé, de voyager en paix, en somme, comme on le lui avait promis… « Où allons-nous ? répondit en écho la voix du contrôleur, dans le haut-parleur grésillant. Ici ou là, peu importe, nous allons là où vous avez souhaité retourner, nous allons là où la mémoire vous porte… »

Vraiment ? Quelle amabilité, décidément, un train où l’on s’appliquait à exaucer tous ses désirs, même informulés… où l’on se penchait sur les petits secrets de sa mémoire, sur les caprices infimes d’une pensée qui ressassait. Décidément, jamais il n’était encore monté dans un tel train…

Si seulement il avait pu rencontrer, dans ce charmant compartiment où on lui avait réservé sa place, quelques personnes à qui parler…

Le premier voyageur monta bientôt. C’était à… il aurait juré que c’était à Se…, mais… non, il avait beau se tordre le cou, il ne parvenait pas à lire le nom sur la petite gare de campagne devant laquelle le train s’était arrêté… et tout avait tellement changé… il ne reconnaissait déjà plus rien. C’était peut-être ailleurs, au fond.

Le voyageur était un jeune homme mince et pâle qui ressemblait beaucoup à… oui, vraiment… beaucoup… Si le jeune homme n’avait pas été si pâle… si pâle… presque évanescent tant il était pâle… il aurait pu, oui, il aurait pu s’y tromper… Le jeune homme déposa sa valise dans le filet, s’assit face à lui, et se mit à regarder tranquillement par la fenêtre… Un sourire vague flottait sur son visage, comme on en voit sur le visage des gens vraiment heureux, qui n’ont plus besoin de motif précis pour se réjouir, mais se laissent aller sans réserve, paresseusement, au grand bonheur qui est en eux. A le voir si heureux, on se sentait soi-même heureux. Ce voyage vraiment commençait très bien… Exactement comme il l’avait souhaité… Oui, c’était très bien, très très bien engagé…

On s’arrêta une seconde fois. C’était à… n’était-ce pas à Jar… ? ou à Vend… ? mais non, il ne savait pas, toujours pas, une fois de plus il n’avait pas été en mesure de déchiffrer le nom… Pourquoi ne repeignait-on pas les noms sur la façade des gares ? Et pourquoi redémarrait-on si vite ? Et puis d’habitude, dans les trains, on annonçait les stations… Que se passait-il ? Il y avait tout de même quelques défauts à déplorer dans l’organisation… il en parlerait au contrôleur. Quand il viendrait vérifier son billet, tout à l’heure il ne manquerait pas de lui signaler qu’on passait beaucoup trop vite devant chaque gare, et qu’on n’annonçait pas les stations… Une voyageuse venait de monter cependant… il fut tout remué en la voyant pousser précisément la porte de son compartiment… elle était si jeune, si jolie… elle ressemblait à Monique à s’y méprendre… Monique jeune, avec ses boucles d’oreilles, son chemisier en liberty et sa jupe cloche de coton beige… Monique telle qu’il l’avait vue pour la première fois dans la boutique de la rue des Sabots… mince et diaphane, bien sûr, comme Monique ne l’avait jamais été, mais tout de même tout de même… une ressemblance frappante, une ressemblance bouleversante qui le rendait tout… tout chose…

Elle s’assit près du jeune homme et l’étreignit aussitôt. Ainsi ils se connaissaient ! ils étaient amants ! c’était donc cela… et c’était arrangé d’avance, ces retrouvailles… un âpre sentiment de jalousie lui serra le coeur… s’il n’avait pas été sûr que la jeune femme ne pouvait pas être Monique, puisque Monique était morte, maintenant, et depuis longtemps… S’il n’avait pas été certain… il… il se serait jeté sur eux…! Mais… non… ils étaient si radieux… cela l’émouvait au fond… Il s’apaisa, détourna discrètement les yeux, reprit sa contemplation des champs… Tiens, on labourait déjà ? Quand il osa de nouveau regarder les jeunes gens, il fut surpris… le jeune homme n’était pas aussi jeune qu’il le lui avait semblé tout d’abord… il distinguait parfaitement maintenant ces rides qui coulaient sur son front en petits sillons aussi mobiles que de l’eau… sa jalousie s’apaisa un peu… pauvre garçon, s’il l’avait su, qu’il vieillissait si vite… s’il avait eu conscience de cette étrange maladie qui le rongeait… il avait bien raison de profiter de l’amour… Il faudrait qu’il lui parle, tout à l’heure… dès que possible… car malgré tout il vaudrait mieux qu’il sache, avec cette maladie qu’il avait… tout son visage était atteint, maintenant, creusé de cette eau grise de rides et de fatigue, le mal progressait si vite… Oui, il vaudrait mieux l’avertir…

Le couple, devant lui, continuait cependant à s’étreindre, inconscient, mais avec moins d’ardeur. Puis, insensiblement, l’étreinte se desserra… Les amants se tenaient maintenant la main, très doucement… ils paraissaient toujours heureux, sereins même, cependant, ils ne se parlaient pas… pourquoi ne se parlaient-ils pas, ne le savaient-ils pas, qu’il ne faut pas se taire ? Et… mais… c’était curieux, comment ne l’avait-il pas vu plus tôt ? Il avait dû monter tout à l’heure, en même temps que Monique… il y avait aussi l’enfant… un tout petit garçon très pâle, lui aussi, aussi évanescent que ses parents, et qui grandissait à vue d’oeil, qui était maintenant presque adulte, qui… tandis que le jeune couple n’était vraiment plus du tout aussi jeune qu’il l’avait d’abord cru… Oh, cette mèche blanche impitoyable, sur le front de Monique… et cet air d’ennui qu’elle avait maintenant… comment était-ce possible, alors qu’à l’instant elle était si gracieuse ? Et comment, et pourquoi avait-elle échangé sa jolie jupe cloche si seyante contre ce manteau pied-de-poule qui effaçait ses belles hanches ? Et cet air sombre sur le visage tout à l’heure si heureux de l’homme ? Ce flot de rides amères qui lui mangeait la face, et avait englouti sa jeunesse ? Qu’était-il donc arrivé ? Et en si peu de temps ! Il aurait voulu en parler avec eux, de l’amour qui s’étiole et dont il aurait fallu prendre autant de soin que d’une fleur fragile, des enfants qui grandissent si vite, et de l’aigreur qui s’installe dans les ménages pauvres… parler de tout cela, mettre en garde contre la colère qui n’est qu’une illusion de la souffrance… contre l’aigreur qui est un poison… il sentait qu’il aurait eu tant de choses à en dire, à leur apprendre… mais c’était… c’était si difficile… comment pourrait-il y parvenir ? Ils semblaient si lointains… brumeux, figés, et tellement silencieux… aussi inaccessibles que si une paroi de verre les avait séparés de lui.

Il se tourna de nouveau vers la fenêtre, regarda au-dehors filer le paysage. C’était déjà l’automne, les arbres avaient rouillé, et la pluie assombrissait leurs feuillages éclatants comme elle noircissait les plumes des oiseaux las qui paraissaient ramer dans le ciel gorgé d’eau.

Mais où donc le train s’en allait-il, maintenant ? On avait encore changé la photo, là, devant, sous le verre usé, et il lui semblait bien que c’était une photo de Niort, cette fois…

Niort ? Bien sûr qu’il se souvenait… C’était là-bas qu’il avait vécu ses beaux jours de directeur… Car il avait été nommé directeur des magasins Daubeix… Plus précisément, directeur-adjoint, mais c’était presque pareil, n’est-ce pas… et c’était déjà extraordinaire, si l’on songeait qu’il avait commencé apprenti, puis ouvrier chaudronnier, avant de passer contremaître… A la force des bras, il s’était hissé, et à force de travail, de cours du soir, d’efforts incessants… et il en était fier ! Enfin il il en avait tant fait qu’on l’avait nommé directeur adjoint du magasin de Niort… Ils avaient déménagé pour prendre là-bas un grand appartement, en pleine ville, dans une maison qui donnait sur la place de la Brèche… On les enviait… ils avaient une belle voiture, une belle vie… enfin tout ce qui fait une réussite ordinaire… la réussite… – Pourquoi n’envisageait-on jamais qu’il puisse y en avoir d’autres, pourquoi, surtout, ne l’avait-il pas envisagé, lui, alors… ? Quand il y repensait, c’était à ce moment que tout avait vraiment commencé à ne plus aller… Monique avait d’abord été contente de quitter Guéret, la boutique de la rue des Sabots et le petit appartement du Chemin des Amoureux, puis elle avait semblé prendre beaucoup de plaisir à sa nouvelle vie, aux relations qu’elle avait maintenant dans la bonne société locale, enfin à tout ce qu’il lui offrait, pour remplacer l’amour… Car l’amour… Oui, c’était bien à ce moment-là qu’il avait cessé. L’histoire banale : l’ambition pour passion, le travail incessant, la femme élevant seule l’enfant, les vies qui se séparent peu à peu…. les chemins qui ne savent plus se croiser… Bien sûr, il comprenait maintenant… Comment n’avait-il pas compris, alors, lorsqu’il pouvait encore… Mais il fallait s’arrêter au moins, là ! S’arrêter d’urgence ! Là, juste à ce moment où l’ambition lui avait perfidement  soufflé de devenir tout à fait directeur… 

Il se pencha par la fenêtre, tenta de faire des signes au conducteur… Il fallait s’arrêter, il le fallait à tout prix… Il aurait même fallu s’arrêter bien plus tôt, à Guéret déjà, dans ce Chemin des Amoureux où ils avaient eu ce petit appartement, sous les toits… où l’enfant était né, oui, Chemin des amoureux, déjà, il aurait fallu s’arrêter… mais maintenant, maintenant, c’était absolument impératif, s’arrêter, s’arrêter, s’arrêter… avant que tout ne soit définitivement abîmé. Pourquoi est-ce qu’on ne prêtait pas attention, dans la loco, à ces signes désespérés qu’il faisait ? Le prenait-on pour un fou ? Pour un vieillard sénile ? On avait tellement fait attention à ses moindres pensées, jusque là, au moindre clignement de sa mémoire on avait répondu, et maintenant, ses signaux de détresse, ses efforts pour immobiliser la marche du train, on ne les remarquait pas ? Même il semblait que le train avait encore accéléré…  il était à pleine vitesse, et ce n’était plus du tout une loco à vapeur qui le tirait, c’était, c’était un de ces affreux trains rapides… Qui donc avait pris la décision de changer la loco, sans rien lui demander ? Et l’autre, en face, et Monique, pourquoi ne protestaient-ils pas, eux aussi ? Il fallait s’arrêter, d’urgence, c’était là qu’il y avait quelque chose à faire, un recommencement peut-être, ou au moins une route, un chemin à parcourir autrement… Mais tout allait si vite… Et voilà qu’on avait encore changé la photo dans le cadre ! C’était une manie qu’ils avaient, décidément, une irritante manie ! Il lui semblait bien reconnaître maintenant le Marais poitevin… Il ajusta ses lunettes … « La Sèvre à Coulon »… A Coulon ? En effet, il se rappelait… Il avait habité ce village, avec Monique, ensuite… il avait perdu son emploi, brutalement, son bel emploi de directeur adjoint, il avait perdu ses ambitions, il avait tout perdu… Pour l’écarter on avait même parlé de malversations… on lui avait réclamé des sommes inouïes, et il était amer, ruiné, se débattant dans des procès sans fin, tandis que leur couple battait désormais tout à fait de l’aile, pauvre oiseau fracassé par la ruine… Mais ils vivaient encore ensemble, au moins, Monique et lui… Ensemble ils s’étaient réfugiés dans ce petit village, dans une maison du chemin de la Repentie, une ferme à l’abandon, qu’ils avaient louée à bon marché… En ce temps-là, le fils était déjà parti – était-ce vraiment l’affaire, était-ce seulement l’affaire qui l’avait fait partir si vite, si loin, et pour ne plus revenir ? et Monique était déjà devenue cette dure et sauvage créature qui répétait d’un air buté qu’elle en avait assez, assez, qu’elle voulait être seule, qu’elle ne voulait plus rien d’autre, et qu’elle allait partir. Dirait-elle encore cela, la femme triste et fanée, la femme solitaire qui se tenait devant lui sur son siège de skaï, toute raide, à l’écart de l’homme vieillissant, loin de l’enfant grandi qui avait quitté le wagon sans qu’on s’en soit aperçu ? 

Une rude existence qu’ils avaient eu, là-bas, dans la ferme glacée, juste avant le divorce… L’inactivité, le froid, la pauvreté qui poissait la vie, l’amertume, les reproches, la mésentente… le regret de l’enfant… l’alcool aussi, l’alcool, il fallait bien l’avouer, l’alcool de plus en plus souvent, et autour d’eux ce paysage de canaux sombres et labyrinthiques. Tous les jours il s’en allait dans le marais. Tout seul. Il manoeuvrait debout, appuyé sur la lourde pigouille. Il pêchait, parfois, comme autrefois, mais le plus souvent il buvait. Et il lui semblait retrouver peu à peu la paix, à s’avancer lentement solitaire dans le reflet des arbres et la brume indécise de ses pensées mourantes. La paix… , quelque chose qu’on pouvait échanger contre le bonheur, se disait-il alors. Il avait eu tort… pourquoi avait-il mis si longtemps à le comprendre ? Il avait eu tellement tort de s’obstiner dans le marais… Car la paix, c’était à la mort qu’il fallait la demander, à la mort, pas à la vie. A la vie, il fallait demander autre chose… la vie devait au moins vous inciter à lutter, à vous battre pour lui arracher un morceau de joie…

Un souvenir lui revenait maintenant… c’était l’année dernière, avant son hospitalisation, il s’était rendu aux obsèques de Daniel Bonhomme, son vieil ami de Guéret, qu’il n’avait pas revu depuis toutes ces années, qu’il avait tant regretté de ne pas avoir cherché à revoir. Dans la salle d’attente du funérarium où il s’était assis, fatigué, il avait vu justement cette photo… exactement la même – on avait dû la diffuser à bien des exemplaires, pour faire l’ornement des lieux publics  – :  un homme sur une longue barque plate, debout comme un passeur, tenant la haute pigouille, avançant dans le dédale des canaux du marais… Il s’était dit que c’était dommage, que cette image de son passé soit accrochée là, chez les morts… puis il avait pensé qu’après tout, cela aurait bien plu à son ami Daniel, et que cela lui plaisait bien, à lui aussi, finalement, que c’était une façon de le lui faire comprendre, qu’il y aurait encore ce lent voyage au milieu des reflets, dans l’indécision des chemins retrouvés… un long voyage lent, jusqu’au rivage où sommeillait la paix. Mais… mais qu’à l’époque, il aurait mieux fait, bien mieux fait, de ne pas fréquenter le marais, ou bien, alors, d’y emmener Monique, d’y faire venir le fils, d’y inviter Daniel, d’y explorer avec eux chaque flaque de soleil, chaque promesse de libellule, chaque mot de l’amour et de l’amitié, sans plus se compromettre avec la mélancolie et avec la bouteille, ces sinistres et possessives maîtresses qu’il avait alors… Oui, ses erreurs, il les comprenait, il était prêt à réparer, il allait tout expliquer au jeune voyageur qui s’était assis face à lui… Mais d’abord, il fallait arrêter le train, arrêter, c’était la priorité, l’urgence, arrêter… on ne pouvait pas continuer ainsi. Même maintenant, il n’était pas encore trop tard… Pourquoi n’arrêtait-on pas à la fin ? Où était le signal d’alarme ? Il allait tirer le signal d’alarme… N’y avait-il pas de signal d’alarme dans ce compartiment ? Il y en avait un, autrefois, il en était sûr, au-dessus de la porte coulissante… Est-ce que quelqu’un l’avait arraché ? Un autre voyageur peut-être ? Il allait demander l’aide du jeune homme, et de la jeune femme aussi… ensemble, ils trouveraient une solution !

Et voilà que face à lui, sur la banquette de skaï, au lieu de ces jeunes gens énergiques qui auraient pu renverser le cours des choses, il n’y avait plus qu’un homme écrasé de douleur… et que la jeune voyageuse avait tout à fait disparu. Comment avait-il pu relâcher ainsi son attention ? Cela s’était sans doute produit pendant qu’il s’agitait en signaux de détresse inutiles… Comment avait-il pu ne pas comprendre qu’elle allait vraiment partir, quitter brutalement son compagnon détruit qui ne saurait pas la retenir ? Dire qu’il l’avait laissée fuir ! Dire qu’il n’avait pas osé leur parler à temps à tous deux…, lorsqu’on était encore à Guéret, par exemple, ou même ensuite, à Niort… il aurait eu tant de choses à leur dire… tant de choses importantes qui auraient pu les aider… Et maintenant il était trop tard, ils s’étaient séparés, il n’avait pas su l’empêcher… L’homme, devant lui, solitaire et usé, beaucoup plus pâle encore, presque tout à fait effacé dans l’air gris, avait recommencé à regarder obstinément par la fenêtre le paysage d’hiver aux arbres dépouillés et lavés de sombre. Il faisait peine à voir, avec son vieux visage noyé de honte. Il aurait fallu lui parler, on pouvait encore l’aider, lui expliquer bien d’autres choses encore, que peut-être Monique aurait pu revenir… que le fils aurait pu, de nouveau, être le fils, que peut-être… s’il avait su, s’il avait su se ressaisir, s’il avait su lutter, ou même s’il avait su simplement parler quand il le fallait… Et que même ensuite, même si rien de tout cela n’avait été possible, en définitive, même loin d’eux, même ruiné et abandonné de tous, même en butte au mépris et à l’obstination du mauvais sort, il y aurait eu cependant du bonheur à retrouver,  ou du moins de la vie, et que la vie, n’est-ce pas, la vie est la vie, et qu’elle est si précieuse, qu’elle est si bonne à vivre, puisqu’elle est… la vie ! Qu’on le comprenait à la fin, lorsqu’on était malade, et qu’Anissa prenait soin de vous, et qu’on se sentait un tel idiot auprès d’elle… quand alors on regrettait tant… que l’essentiel, c’était cela, de ne pas avoir à faire face aux regrets, ensuite, à l’immense erreur d’une vie absurdement gâchée, alors que la vie… la vie tant qu’on la vit, la vie est si précieuse… Oui, il aurait voulu le lui dire, de ne pas tout gâcher, de ne pas sombrer comme il l’avait fait dans le désespoir et la solitude, de recommencer quelque chose, de croire encore à la vie… Non, pas d’y croire, cela n’avait aucun sens, mais de la vivre, de la vivre vraiment…  S’il avait pu, s’il avait pu… comme il aurait parlé, comme il aurait été convaincant  !  Il lui aurait expliqué tout cela, et bien d’autres choses encore, qui restaient confuses encore, mais qui se seraient soudain éclaircies, s’il avait pu les exprimer… Mais pourquoi l’homme assis devant lui n’écoutait-il pas un mot de tout ce qu’il avait à lui dire ? Pourquoi restait-il aussi pâle et lointain, aussi inaccessible et figé ? Et ce contrôleur si avenant, qui devinait tout, qui lui avait promis tout à l’heure d’accomplir tous ses souhaits, que faisait-il ? Ne le savait-il pas, que c’était pour parler à cet homme, que c’était pour l’aider, pour que tout soit différent, qu’il avait voulu monter dans ce train et s’asseoir là face à lui ? Pourquoi lui refusait-il désormais ce qui était, ce qui avait toujours été, il le savait bien maintenant, même si tout à l’heure il s’était un peu égaré, son seul souhait véritable : la faculté de ramener l’homme vers quelque chose qui aurait pu ressembler au bonheur, le pouvoir de recommencer ce qui avait été si lamentablement manqué, la force de l’aider, de lui rappeler les promesses de la jeunesse, de l’empêcher de tout saccager ? Etait-il donc trop tard ?

Le haut-parleur grésilla à nouveau : « Nous arrivons au terminus et votre voyage s’achève, nous espérons que vous avez passé d’agréables moments, et vous souhaitons un excellent séjour… »

Un excellent séjour ? Le terminus ? Déjà ? On se moquait de lui sans doute… Où donc était-on arrivé ? On lui avait pourtant laissé entendre que le voyage serait long, et bien rempli… et voilà que déjà c’était fini, qu’il s’était passé si peu de choses… qu’il ne s’était rien passé du tout… Pourtant, le train venait de s’arrêter, en effet… Mais où ? Où s’était-il arrêté ? une fois encore il était impossible de déchiffrer le nom sur la façade de la gare. C’était tout de même un monde ! Pourquoi n’annonçait-on pas les stations à haute voix dans ce train pourtant si bavard ? Un autre train allait-il repartir ? Y aurait-il une correspondance au moins ? Pourquoi le laissait-on avec ces questions, pourquoi le haut-parleur restait-il muet maintenant qu’il aurait fallu expliquer ?

Cependant l’homme était déjà descendu… Il le vit qui marchait sur le quai, sous la vitre sale du compartiment… juste au-dessous de lui… Il avançait lent et voûté, silhouette alourdie, grise dans le soir gris, pitoyable… Soudain, il s’aperçut que ce que l’homme portait à bout de bras, et qui ralentissait tant sa marche d’ombre, c’était sa valise… sa valise, oui, la sienne, sa valise à lui, Joseph Pentecoutant, la valise de carton gris qu’il avait achetée à l’époque de son mariage, et dont il n’avait jamais voulu se débarrasser, la valise où il avait entassé les photos et les lettres, et tant de souvenirs jaunis, lorsqu’elle ne lui avait plus servi à rien d’autre ! Sa valise… Il la reconnaissait parfaitement ! L’homme l’avait emportée ! Un homme qui avait l’air si correct. Jamais il n’aurait cru… c’était révoltant, c’était ignoble, d’abuser ainsi de la confiance d’un voyageur solitaire, et de lui dérober sans rien dire le peu qui lui restait !

Joseph Pentecoutant ouvrit la fenêtre, il se pencha violemment en avant malgré l’avertissement. Il s’apprêtait à crier : « Au voleur ! ma valise ! », quand il se souvint brusquement qu’il était parti sans bagage. Sans aucun bagage.

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26 commentaires pour Le train de 18h03

  1. Monsieur, monsieur, vous revenez d’un rêve-là….de ces visions que l’ont fait avant de mourir, je pense…. Merci Carole, une plume douée par nous en conter !

  2. almanito dit :

    Dernier voyage de Joseph Pentecoutant à travers sa vie… et le constat nostalgique de ne pas avoir su la vivre comme elle le mérite, cette trop courte vie. Ferrat chantait « la vie est un village ou j’ai mal rêvé »…nous aurons tous ce même regret je pense, mais j’espère que mon fantôme ne sera pas aussi triste que celui de ton voyageur!

  3. louv' dit :

    Heure du décès 18h03…Ce long voyage solitaire parsemé de souvenirs a le goût de l’amertume, mais tu le décris si bien.

  4. Quichottine dit :

    Tu as une merveilleuse façon de rassembler des souvenirs… J’ai adoré.
    Tu sais, j’ai su dès le début qu’il était mort, mais je me suis volontiers glissée dans tes mots et les images qu’ils suggéraient.
    C’est dur de vivre parfois… je ne sais pas si ce sera dur de revivre lors du dernier voyage.
    Mais j’espère pouvoir encore attendre un peu. 🙂
    Passe une douce journée.

    • carolechollet dit :

      Oui, j’espère moi aussi attendre encore. Mais je crois qu’il faut tirer une leçon des aventures de mon « Joseph Pentecoutant » : vivre heureux n’est pas toujours possible, mais ne pas gâcher sa vie, cela, c’est possible, et c’est même une sorte de « devoir » par rapport à soi-même.

  5. adamante dit :

    J’ai suivi joseph parti à la rencontre de sa vie dans ce compartiment avec sa banquette verte, rêvé son évasion de voyageur sans bagage. Ce périple passant par la Creuse, le Moulin noyé… que de souvenirs en échos de voix devenues muettes. Je retrouve dans ce texte un peu de cette atmosphère propre à André Hardellet, cet entre deux entre ville et campagne, entre vie et vie, cette simplicité qui s’affiche pour masquer la complexité des sentiments que l’on tait parce qu’ils font peur.

    • carolechollet dit :

      Merci pour cette référence à Hardellet. Je doute que ceux qui ont connu la Creuse puissent oublier cette merveilleuse région. Et le « Moulin noyé » est resté comme un rêve dans ma mémoire (je sais que c’est maintenant un hôtel, et je crois qu’un jour, je m’offrirai un séjour là-bas…).

  6. Cardamone dit :

    Fort et poignant, elle va me hanter longtemps je crois ta nouvelle… Et toujours aussi bien écrit, des mots si justes, qui vibrent et résonnent en nous, ceux-là par ex: « Le terminus ? Déjà ? On se moquait de lui sans doute… Où donc était-on arrivé ? On lui avait pourtant laissé entendre que le voyage serait long, et bien rempli… et voilà que déjà c’était fini, qu’il s’était passé si peu de choses… qu’il ne s’était rien passé du tout… « 

  7. Une longue histoire que ce voyage, étrange, dans la campagne française, dans les méandres d’une mémoire quelque peu défaillante, dans une vie …
    La vraie ou pas la vraie ?
    Celle qui bascule ou a déjà basculé ?
    Celle que l’on a vécue ou que l’on aurait voulu vivre ?
    Celle que l’on n’a pas pu vivre parce que déjà il était trop tard ?

    Aucun d’entre nous n’en sait rien ; enfin, pas tout de suite.
    Après peut-être.
    Assurément celle qui est de l’autre côté de notre vie.
    Celle d’après 18,03 H.

    Et vous nous la proposez, Carole, avec une maestria confondante …

    Ces petits morceaux de vie rythmés par de longs souvenirs : je les vois synopsis d’un court-métrage, muet, en noir et blanc, réalisé par un nouveau Bunuel génial, celui du chien andalou, par exemple …

    Du grand art, Carole.
    Je suis sincèrement sous le charme …

    • carolechollet dit :

      Merci infiniment Richard pour ce commentaire si approfondi. Puisque vous employez un mot italien, c’est bien un Italien que j’ai pris (un peu) pour modèle : Dino Buzzati, dont j’admire la capacité à mêler fantastique et réflexion morale. Mais je n’ai tout de même pas sa « maestria ».

  8. Alain dit :

    Aux tous derniers moments, si on en a le temps, notre vie doit défiler ainsi, par grappes de souvenirs : nostalgie de l’enfance, regret des bonheurs gaspillés, toutes ces images qui ont été nous… presque effacées…
    Si c’était à refaire… Pourquoi pas, comme le propose Richard, à partir de 18,04 H…

    • carolechollet dit :

      J’ai écrit ce récit car j’avais été frappé par le témoignage d’une infirmière sur les plus grands regrets des mourants. Mener une vie, non pas forcément heureuse, car ce n’est pas toujours possible, mais simplement que nous n’aurons pas à regretter, c’est tellement important. Il est tellement tragique, le sort des mourants qui regrettent.

  9. Cardamone dit :

    « Au bout de mon âge
    Qu’aurais-je trouvé
    Vivre est un village
    Où j’ai mal rêvé »
    C’est un poème d’Aragon que Ferrat met en musique
    Bon week-end

  10. polly dit :

    Tu as une belle écriture, qui emporte, que l’on suit avec grand plaisir. Dès les pleurs de Mademoiselle Anissa, on comprend que c’est son cadavre qu’il croise, mais Joseph n’est pas son cadavre, il n’a seulement pas encore trouvé la sortie, il lui faut apprivoiser le train de sa vie.

    Et me voilà en paysage, paysages de la vie, entre Quiberon de l’enfance, Creuse de la jeunesse, marais de l’âge et de la détresse.
    .
    Pour beaucoup il est souvent trop tard quand on comprend que l’essentiel c’est justement ces méandres, ce moulin, ces eaux calmes, l’essentiel n’est pas le bonheur mais bien d’être au moment présent le plus présent possible, dans son souffle même de vie, dans le contentement de cet instant qui coule où on a encore tout: un corps qui fonctionne, un mental qui aide au quotidien, et l’amour.

  11. fanatiques2numerique dit :

    C’est fantastique. Quel style vous avez. Je suis un peu groggy après vous avoir lu. Cette façon de montrer que bien des vies sont sur une voie presque obligée, sans pouvoir changer le règles. J’ai un seul regret, mais ce n’est pas votre faute, c’est d’avoir trop tôt qu’il était celui sur la civière (peut-être la mention des draps rêches).
    Un très grand plaisir de vous lire. Merci pour ce bon moment.

    • carolechollet dit :

      Merci Dominique. Je voudrais juste préciser que la voie n’est pas « obligée », mon personnage a fait des erreurs qu’il regrette et n’a pu corriger, mais il aurait pu faire d’autres choix, même si sa marge de décision était étroite (comme pour chacun sans doute). Vivre le moins mal possible, de façon à ne pas regretter au moment de mourir la façon dont on a vécu, ce serait ma « leçon ».

  12. saravati dit :

    Dominique ci-dessus a mis en parallèle votre histoire et la mienne. (un jardin à l’autre bout du monde) Mais je suis loin d’égaler votre style, je n’arrive pas à écrire des histoires longues, juste des flashes aussitôt arrivés déjà disparus.
    Bravo pour la belle narration, j’ai tout de suite su qui était le voyageur et quelle était sa destination, mais cela n’ôte rien au plaisir de vous lire.

    • carolechollet dit :

      Merci Saravati. Je suis allée lire votre texte et vous ai répondu sur votre blog. Je pense que Dominique n’a pas tort de remarquer des thèmes communs même si, en effet, la composition des récits est très différente.

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