Par un soir de janvier

On n’est jamais seul avec son piano.

C’était pourtant un triste soir de janvier qu’il allait passer seul encore, avec son chien et son piano.

Il se mit au clavier. Un nocturne de Field, mélancolique comme une mélodie d’exil, métallique comme un ciel d’hiver gris. Les notes résonnaient sombrement et le chien se mit à gémir faiblement, en signe de protestation. Il cessa de jouer, et pensa un moment à ce Field, un Irlandais qui était allé se perdre en Russie, loin de la mer, dans la neige de Moscou, pour y trouver le succès, et qui l’avait trouvé, mais n’avait plus rien fait de propre que ces nocturnes au goût d’exil et de solitude.

On n’est jamais seul avec son piano. Sauf en Russie peut-être. Par un soir de janvier.

Il caressa la tête du chien. Lui aussi avait l’air de se sentir seul. Qui pouvait savoir ce qu’il pensait ? On n’est jamais seul avec son maître. Sauf à Provins peut-être. Par un soir de janvier.

Il se souvint du soir où il avait trouvé le chien. Il avait entendu un grattement à la porte… un grattement énergique et léger, comme de quelqu’un qui aurait voulu joyeusement forcer l’accès. C’était un jeune chien qui s’était aussitôt frotté à lui. Il l’avait gardé, l’avait nourri… le petit animal avait manifesté un appétit extraordinaire. Cela lui avait immédiatement plu. C’était bon, cette jeune vie qui avait traversé la ville pour venir jusqu’à sa porte, jusqu’à sa solitude. Ils habitaient côte à côte, le chien et l’homme, l’homme et le chien, depuis ce temps. Trois ans peut-être, qu’ils vieillissaient ensemble. Le chien avait grossi, il avait pris, lui aussi, à force, le genre mélancolique, son poil s’était terni, sa belle énergie s’était affaissée. Le chien… il n’avait même pas pris la peine de lui donner un nom… on était si vite prisonnier d’un nom, on avait si tôt fait de croire à un nom… Alors que c’était si simple, sans : jamais il n’avait appelé le chien autrement que « le chien ». Et il se disait quelquefois que « le chien » devait aussi l’appeler « l’homme », lorsqu’il pensait à lui, et que c’était très bien ainsi. 

Le téléphone sonna. C’était insupportable cette façon qu’avait la sonnerie de s’imposer, de s’immiscer dans les pensées les plus vagabondes pour les faire obéir à ses seules exigences impérieuses. Le destin n’agit pas autrement dans les films, il sonne, il téléphone… et quelqu’un, à contrecœur, répond, obéit, puis sur le champ disparaît de sa propre vie pour glisser dans une autre…

Il décrocha sans hâte, comme d’habitude, se forçant à l’attente, comme si sa nonchalance ostensible pouvait compenser ce constat qu’une fois encore, feignant de croire à l’appel d’un élève, d’un parent, d’un ami, lâchement, il avait répondu sans tenter de lui résister à l’ordre strident du téléphone.

Bien sûr, il savait déjà, puisqu’on était un samedi :« Allô ? Pipette ? Est-ce qu’il vous reste une table pour ce soir… » C’était ainsi les samedis soir. On allait chez Pipette et on réservait, parce que, chez Pipette, il y avait tellement de monde, il fallait réserver. Et on se trompait en appelant, parce qu’on avait tellement l’habitude d’aller chez Pipette qu’on croyait connaître le numéro par coeur, ou bien parce qu’on lisait le numéro sur un vieil annuaire avec des yeux de presbyte… La mémoire trébuchait, les yeux usés s’égaraient sur les lignes… Allô ?… non monsieur, non madame… Chez Pipette c’était le 60 54 80 45 – et chez lui le 60 50 80 45. Quelquefois il s’amusait à répondre : « Non, ici Michel Valloz ! » mais les gens se contentaient de s’excuser, sans jamais prêter attention au nom… Où étaient-ils, ces jours où l’impresario appelait, proposait les contrats, discutait âprement les conditions… ? On ne l’aurait pas confondu avec Pipette, en ce temps-là, et ce n’était pas chez un Pipette qu’il allait manger, la nuit, après les concerts. Il avait fréquenté les plus grandes tables. Il avait été riche, connu. Très connu. Célèbre. Admiré. Respecté. Les voix tremblaient au bout du fil quand il saisissait l’écouteur et disait : « MichelVallozàl’appareiljevousécoute… »

—Non, monsieur, vous n’êtes pas à  l’auberge Pipette, pas du tout, je vous donne le bon numéro…

Il était devenu si serviable depuis que Michel Valloz n’était plus rien, il expliquait, il renseignait… Inlassablement. Absurdement. Désespérément. Pourtant c’était amusant, d’une certaine façon, cette auberge Pipette, il avait lu quelque chose de ce genre au sujet d’un téléphone et d’une boucherie, dans un album de Tintin… il ne se souvenait plus très bien du nom de la boucherie, mais Pipette, c’était sûr, aurait bien plu à Hergé, c’était un nom épatant pour un restaurant, un nom de bande dessinée, de dessin animé… Que de clients, en tout cas… ! pas comme chez lui…  ça marchait, cette auberge Pipette, ça marchait du tonnerre, apparemment… autrement mieux que les cours de piano… il s’était toujours promis d’y aller, un soir… c’était tout près, à deux rues de chez lui… et ce n’était pas si cher… un restaurant certainement réputé, mais pas un trois étoiles non plus… dans ses prix, en somme… enfin, il aurait pu, exceptionnellement, même si… et pourquoi pas ce soir, après tout ? Mais…  tout seul… ce serait encore plus triste d’être seul avec son assiette dans un restaurant plein de couples  bruyants que de rester seul avec son piano.

Il se rassit au piano. Une fois de plus il songea à ses professeurs de Lausanne, à la carrière si prometteuse qu’il avait entamée, autrefois.

Et puis à ce mal qui s’était abattu sur lui, et qui l’avait si bien rongé de l’intérieur qu’il n’avait plus été en mesure d’assurer les concerts, qu’il avait annulé les tournées, qu’il… Il était devenu professeur de piano dans cette ville de province. En France… à Provins… pourquoi donc ? Il n’aurait su répondre, il était simplement resté là où il avait échoué dans sa dernière tournée, incapable de reprendre le train… A ce moment-là, Lina avait demandé le divorce…

S’il n’y avait pas eu cet… cet accident dans sa carrière… On avait appelé cela dépression –tant qu’on avait pris la peine d’en parler, évidemment – il y avait eu un peu d’alcool aussi, peut-être même beaucoup, mais cela ne voulait rien dire. Ce qui s’était passé… c’était quelque chose de plus compliqué et de plus simple à la fois, quelque chose qu’il avait toujours redouté, comme une corde trop tendue qui s’était brisée en lui. Cela arrive aux pianos qu’on sollicite trop – et aux pianistes, aussi, parfois. On ne revient pas après une pareille absence, jamais, avait dit l’impresario.

Non, on ne revient pas à la lumière quand on a passé la porte d’ombre… à peine si l’on arrive à revenir à soi-même, alors les projecteurs…

— Et toutes ces annulations… enfin, vous comprenez, on ne vous fait plus confiance… Des pianistes de valeur, ça ne manque pas, le monde en est rempli… que croyez-vous donc ? Le public vous a déjà oublié, oublié je vous dis… entièrement oublié… vous n’êtes pas encore vraiment vieux, oui, oui, je sais, mais ce n’est pas la question… comment ? Clara Haskil ? Qu’est-ce que vous me chantez là, ce n’est plus du tout la même époque… ça va très vite, très vite, très très vite, aujourd’hui… Alors, je ne peux plus rien pour vous. Je suis désolé. Non, vraiment… Ou peut-être alors, à la rigueur, en faisant jouer mes relations, une prestation en province… j’aurai peut-être quelque chose du côté de Provins, je connais très bien le maire… c’est le gendre d’un cousin à moi… Je peux essayer… pour vous aider… je vais essayer Provins, ce sera mieux que rien… ça vous remettra peut-être le pied à l’étrier, qui sait ? Mais ensuite, débrouillez-vous tout seul, je ne veux plus m’en mêler…

Après Provins, il n’y avait plus rien eu, évidemment. Il avait logé un moment dans une chambre en ville, une sorte de gîte rural à peine meublé où il avait fait placer un piano de location. Il n’avait pas d’argent pour regagner la Suisse, évidemment. Mais il n’avait même pas essayé d’en emprunter. Lina n’aurait probablement pas refusé. Il y aurait eu aussi les amis d’autrefois, ils n’auraient pas osé lui faire défaut… Mais à quoi bon ? Il n’avait rien demandé à personne. Il n’avait parlé à personne. Quand il n’avait plus été en mesure de payer la chambre, il avait commencé à donner quelques cours. A petit prix. Quand elle avait vu les annonces en ville, l’hôtesse lui avait demandé de partir. A cause de son activité commerciale, avait-elle prétexté, mais bien sûr elle avait surtout peur qu’il ne puisse plus du tout payer. Peut-être aussi que le piano l’assommait. Il avait fini par trouver ce pavillon, dans la ville basse. C’était vieux, sale, et mal chauffé mais c’était très bon marché, et il y était indépendant. En plus il y avait un bout de jardin. Cela s’était révélé précieux, le jardin, quand « le chien » s’était installé. Alors il était resté. A Provins. Dans le petit pavillon. Près du téléphone. Ça n’avait aucun sens, mais il était resté…

… car autant en rester là. Autant se laisser tomber lorsque l’on doit tomber. Mettre tout son poids dans sa chute. Pour creuser plus profond sa niche et s’y terrer.

Le téléphone sonna encore : « Allo ? Est-ce qu’il vous reste une table pour deux,  ce serait pour ce soir ?… » — Non, Madame, vous n’êtes pas à l’auberge Pipette, je vous donne le bon numéro…

C’était exaspérant, cette auberge Pipette… et ce bon numéro… est-ce qu’une existence se résumait à un numéro, bon ou mauvais ? Il alluma la lampe… la nuit commençait à tomber. Il alla chercher sur l’étagère le CD qu’il préférait. Celui qui avait obtenu un diapason d’or, celui du premier concert salle Pleyel. On disait que la maison Pleyel venait de fermer, justement. Il avait tant aimé le son Pleyel. Un son un peu grêle, délicat, difficile, risqué pour un pianiste… un son toujours sur le point de rompre. Beau comme une voix humaine. Il mit le disque dans le lecteur. Cela ne valait pas les vieux vinyles mais au moins cela permettait de se souvenir… Prokofiev, sonate pour violoncelle et piano. Opus 19. Version live. Natalia Gutman était au violoncelle, ce soir-là… Il écouta plusieurs fois la tempête des applaudissements, à la fin. Son plus grand succès.

Bon sang, ce téléphone, encore. Il décrocha et répondit sans aménité :

— Mich… Ah ! vous aussi, vous voulez l’auberge Pipette ? Comment ça, où ça se trouve ? Rue de Valence !  12 rue de Va-lence… Valence, je vous dis… avec un V comme Valloz… comment vous allez trouver ? Mais débrouillez-vous… ! Comment ? Vous êtes rue Aristide Briand ? Alors vous prenez à gauche au feu… Comment ça, répéter ? vous vous fichez de moi ?…

A peine il eut raccroché qu’il eut tout à fait honte. Il n’aimait pas se mettre en colère, il avait toujours l’impression de s’en prendre à lui-même, et de cela, il n’avait plus envie… De plus il s’était tout à fait trompé. Pipette, c’était rue du Val évidemment, 21 rue du Val. Rue de Valence, au 12, il n’y avait rien, que son petit pavillon sans grâce. Comment avait-il pu s’embrouiller ainsi, donner sa propre adresse ? Il n’avait pourtant pas bu, ce soir, enfin pas ce qui s’appelle boire… mais avec tous ces coups de téléphone, et tous ces numéros semblables, inverses, symétriques, absurdes… il perdait la tête. Et avec ça, le froid, le blues, le noir… c’était bien dur ce froid de janvier… En somme, il n’y avait pas de sa faute, il s’était juste laissé un peu aller… Tout de même… tout de même, un gentleman rappellerait, s’excuserait… Michel Valloz l’aurait fait, autrefois… Il imagina la femme du téléphone errant, s’inquiétant, cherchant dans la nuit et le  froid, le maudissant pour l’avoir égarée. Bah, elle avait la voix ferme d’une femme décidée… elle verrait bien qu’il n’y avait pas d’auberge, elle demanderait son chemin à quelqu’un d’autre… elle se débrouillerait. Et puis zut !

Il se rassit devant l’instrument. Posa ses mains sur le clavier. Il allait tenter la sonate de Prokofiev. Celle de la salle Pleyel…. Il hésita un peu, s’élança… C’était presque aussi bien qu’avant… Il trébucha sur un accord, s’arrêta… Aussi bien ou presque… Mais Prokofiev ne pouvait lui en vouloir. Prokofiev, lui aussi avait connu le tourment de l’exil… Une âme trouble et déchirée, ce Prokofiev. Cette triste histoire avec Lina… enfin avec Myra… on la lui avait tant reprochée… Il reprit la sonate au début…

Il joua longtemps, longtemps. Il était toujours le grand Michel Valloz, malgré tout. Il repensa à ce que lui avait dit cette mère d’élève, la semaine passée, en lui demandant de réduire son prix : « Vous n’avez pas de réputation… Madame Bouny prend vingt-cinq euros de l’heure, mais elle est connue, elle, dans la ville… » Il avait eu envie de lui montrer les affiches d’autrefois, de lui faire entendre les enregistrements, de jouer longuement devant elle sur le petit piano mal accordé de son enfant, mais elle n’aurait pas compris. C’était fini, bien fini.

Mais qu’est-ce qu’il avait le chien, à s’agiter, brusquement… Le chien dormait près de la cheminée, et voilà qu’il s’était éveillé, qu’il s’ébrouait, qu’il aboyait, qu’il courait joyeusement à la porte…

— C’est moi, dit une voix de femme… juste moi, n’ayez pas peur.

Et elle entra, suivie du chien. C’était une jeune et grande femme rousse et énergique, avec des yeux très verts : – Je suis bien au 12 rue de Valence ? On m’avait dit que c’était là que se trouvait l’auberge Pipette… mais je vois que je me suis trompée…

Puis elle se mit à rire : Non, j’ai tout de suite compris, seulement vous étiez en train de jouer… je vous ai écouté derrière la porte… Vous jouez bien. Vraiment très bien. Très très bien. Magnifiquement. Je peux m’asseoir près de vous un instant ? je vous tournerai les pages si vous voulez. J’aimerais beaucoup que vous finissiez ce morceau. Prokofiev… c’est l’un de mes préférés… Je jouerai du Prokofiev, demain, justement… la ballade en ut mineur… Alors vous voulez bien ? Je ne vous dérangerai pas…  j’écoute et je repars…

— Vous êtes musicienne apparemment ? Pianiste ?

— Violoncelliste. Je joue demain au centre Saint-Ayoul… J’étais attendue à l’auberge Pipette vers quinze heures, j’ai déjà beaucoup de retard, mais tant pis… ils ne s’étonneront pas, par ce temps, tout le monde a du retard… c’est incroyable comme les routes sont verglacées… De toute façon, pour la répétition, tout est annulé aujourd’hui, le pianiste a téléphoné… Son train est immobilisé par la neige… J’espère que le concert pourra bien avoir lieu demain… Ce n’est pas un concert de premier plan, vous allez me dire, dans cette petite ville, et il n’y aura peut-être pas grand monde, avec ce froid… mais cela m’ennuierait beaucoup si on annulait. Je débute, vous voyez… J’essaie de me faire connaître comme soliste… Il faut beaucoup jouer, vous savez bien… Je me suis démenée pour obtenir cet engagement… je suis quelqu’un qui se démène, vous savez, je suis ambitieuse ! Et j’ai le droit de l’être, après tout, j’ai eu un prix au concours Rostropovitch, l’an dernier… le sixième prix, j’étais folle de joie… je pensais que cela allait me lancer, mais il y a une telle concurrence… un sixième prix, même au Rostro, ce n’est plus suffisant… même avec une chevelure rousse, comme dit mon agent… alors je me démène, je me dis qu’il le faut, c’est tout…

Elle avait un rire très frais… « Il faut absolument être ambitieux, dans ce métier… ne jamais lâcher… un peu comme Sisyphe, je trouve… on pousse pour avancer, ou bien on dégringole avec son rocher… enfin, façon de parler, le rocher… mais c’est lourd, souvent, tout ce qu’il faut remuer pour seulement continuer… cette force qu’il faut avoir… parfois on se dit que la force pourrait manquer… alors il faut se démener, travailler toujours davantage, y croire toujours plus fort… vous n’êtes pas de mon avis ? 

—Vous jouez avec Pierre Boulin, n’est-ce pas ?

— Oui, comment le savez-vous ? vous avez lu mon nom sur l’affiche alors ? Sabine Hoffmannsthal ! Cela ne vous dérange pas si je vais chercher mon instrument ? Je ne veux pas le laisser dans ma voiture, par ce froid. Il ne s’en remettrait pas.

—Bien sûr… bien sûr…

—Et si cela ne vous dérange pas, je travaillerai un peu… vous comprenez, c’est demain que je passe…

—Evidemment…

—… et le pianiste ne viendra pas ce soir…

— En effet et… euh, pour le concerto de demain… enfin, je veux dire, la ballade en ut mineur… vous disiez, enfin… euh… voilà… si le pianiste a du retard, s’il est empêché… puisque vous disiez que… eh bien, nous pourrions… l’opus 19… enfin évidemment je ne connais pas parfaitem… je veux dire… si, je connais très bien… mais il y a si longtemps… enfin… voilà… nous pourrions… disons… essayer… je veux dire… par exemple… de répéter… ensemble… ?

— J’allais vous le proposer. Il faut profiter de l’occasion. J’ai adoré votre interprétation, tout à l’heure. Vous êtes né pour jouer Prokofiev.

— Je l’ai beaucoup joué… enfin… bien sûr… autrefois…

— Je vous crois. Je vous connais, vous savez. J’ai lu votre nom, sur la porte… juste après, je vous ai entendu… j’ai cru que je rêvais… Michel Valloz, c’était un nom très connu, il y a quelques années… j’ai même un disque de vous chez moi… un live de Pleyel, avec Natalia Gutman. Mon père me l’avait offert. C’était un mélomane, mon père… Vous avez préféré arrêter, ensuite ? Tout le monde n’aime pas la scène… même Glenn Gould, n’est-ce pas…? je ne plaisante pas, non… Vous enseignez sans doute au CNSM alors… ce n’est pas loin, Paris, finalement, de Provins… vous donnez des master class, aussi, je suppose ? non ?… Alors vous vous consacrez entièrement à la composition… ? c’est une telle tentation, chez les pianistes, l’écriture… 

— Je me consacre… euh, oui, en effet, à la composition… c’est cela, si vous voulez… en effet… et même à la recomposition… c’est à peu près… enfin… en quelque sorte…

—Il est mignon, votre chien, comment il s’appelle ?

—Eh bien… en fait…

—Tant pis, vous me le direz plus tard. Je ne veux pas m’imposer.

Elle eut un sourire aussi clair que ses yeux, sortit et fit entrer dans la pièce tout un pan de ciel étoilé, se dirigea vers sa voiture. Le chien la suivit joyeusement. La porte du pavillon claqua derrière eux, il l’entendit qui câlinait le chien et farfouillait dans le coffre de sa voiture.

Qu’est-ce qui lui avait donc pris de proposer cette répétition ? maintenant, elle ne partirait plus…

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18 commentaires pour Par un soir de janvier

  1. jill bill dit :

    Sourire… Encore un écrit savoureux, merci Carole !

  2. Quichottine dit :

    Envie de continuer à les écouter… Merci pour ce grand bonheur, Carole.
    Passe une douce soirée.

  3. Il y a toujours une petite lueur quelque part.

    Mais fichtre, qu’est-ce qu’elle se fait longue parfois à apparaître …

  4. phil dit :

    Vraiment très bien écrite, cette nouvelle. On a presque envie d’entendre la répétition.

  5. louv'l dit :

    Je reste un peu sur ma faim. J’aurais tellement voulu m’assoir dans un coin, en compagnie du chien, et les écouter…

  6. Oui, et ces récits sont vraiment des moments précieux. Merci de ce partage.
    Il est vrai que l’on voudrait être là, dans un coin, tapi, tout simplement.

  7. almanitoo dit :

    Il y a toujours une petite flamme qui ne demande qu’à étinceler à nouveau…

  8. zadddie dit :

    Il n’y a pas d’hirondelle, ni de printemps ni même de montagne ou de fraises à ramasser mais quand même…

  9. almanitoo dit :

    En y réfléchissant, je me dis qu’il n’est pas accidentel que cette jeune et talentueuse violoncelliste personnifie l’espoir dans ton texte….

  10. Voilà, maintenant j’attends la suite. J’ai envie d’un renouveau, un peu comme ces fleurs qui soudain sont là alors qu’on les avait oubliées sous les feuilles mortes.

  11. polly dit :

    Je vais me répéter, mais tu as une écriture sensible et juste.

    Ton personnage vibre tout entier, malgré la souffrance et cet ennui qu’il s’impose jusqu’à ennuyer le chien, le contaminer.

    Et voilà une rousse avec son violoncelle et le chien tout en joie.
    Je ne sais si tu écriras une suite, mais tu donnes suffisamment pour que chacun l’imagine: joie qui s’éveille, musique qui revient, Rachmaninov et toute la Russie aussi.

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